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Dans le cadre de ses déjeuners mensuels, L’Association Femmes Débat Société a accueilli Geoffroy DIDIER le 4 décembre 2018 afin d’évoquer avec lui les prochaines élections européennes.

Soucieuse de respecter les contraintes de l’agenda de son invité, la Présidente de l’Association Monique RONZEAU, récemment élue, l’accueille d’emblée en le remerciant d’évoquer un sujet si important.

Sont rappelées ensuite les principales étapes de la carrière de Geoffroy DIDIER : un cursus universitaire tant américain (Master of Law de l’Université Columbia à New York, visiting scholar à l’Université Harvard) que français (Sciences Po, DEA de droit des affaires, ESSEC Business School), lui permet de devenir avocat aux barreaux de Paris et de New York. L’appartenance à plusieurs cabinets ministériels, dont celui de Brice Hortefeux au Ministère de l’Intérieur le prépare à une carrière politique. Elu Conseiller Régional d’Ile de France en 2010, sur la liste de Valérie Pécresse, puis Secrétaire National de l’UMP, il fonde en 2012 La Droite Forte avec Guillaume PELTIER. Secrétaire Général Adjoint de l’UMP en 2013, il est aujourd’hui Vice Président du Conseil Régional d’Ile de France, Président de l’Etablissement Public Foncier d’Ile de France depuis 2017, député européen et Secrétaire Général Délégué des Républicains.

L’orateur souligne l’utilité de traiter d’abord des Gilets Jaunes avant d’aborder les questions européennes. La situation est, en effet, inédite dans la mesure où elle rassemble des Français qui ne sont ni encartés ni syndiqués, mais des citoyens qui ne peuvent pas boucler leur budget, des personnes qui ne voient plus d’intérêt à aller travailler.
A l’origine de la Taxe Carbone, il y a une duperie : 19% seulement de la TICPE et 5% de la hausse servent à la transition énergétique. Au parti L R incombe la responsabilité de calmer le jeu, car les violences commises au cours des manifestations des Gilets Jaunes sont inexcusables. Le Gouvernement ne parviendra à appréhender le défi des élections européennes avant d’avoir apaisé la colère des Gilets Jaunes.

Trois mots caractérisent l’Europe : elle est un fait, elle est notre histoire, elle est notre culture, notre civilisation. L’intérêt de la France, c’est l’Europe. Que pèse, par exemple, notre pays lorsqu’il dépose dix fois moins de brevets que n’en dépose la Chine ? Alors que l’opinion ne voit souvent dans l’Europe qu’une tuyauterie complexe, elle oublie ses réalisations : pour n’en citer que quelques unes : le programme Erasmus, la liberté de voyager, l’uniformité des tarifs téléphoniques, les Appellations d’Origine Contrôlée, la traçabilité des viandes, etc …Seule, l’Europe peut s’opposer à des multinationales, telles les GAFA, qui pèsent aujourd’hui autant qu’un Etat, qui réalisent des bénéfices de plusieurs milliards d’Euros, qui pratiquent un lobbying omniprésent. Face à ces puissances, l’Europe est un bouclier. Il faut se poser la question suivante : « suis-je plus ou moins protégé par l’Europe ? »

Lorsqu’on ne voit l’Europe que sous forme d’un instrument normatif, on oublie que la France sur-transpose les directives européennes, elle en rajoute. Là où l’Union Européenne compte 50 000 fonctionnaires au service de 500 millions de citoyens, la Mairie de Paris en compte elle tout autant (52 000) au service de 2,2 millions d’habitants. Bercy en compte 3 fois plus (150 000).

En matière d’immigration, il faut protéger les frontières de l’Europe et, pour ce faire, augmenter les effectifs de FRONTEX, distinguer les demandeurs d’asile politique des migrants économiques. Il n’existe pas de solution durable dans le repli national. S’impose alors la nécessité d’une concertation avec les pays africains d’origine.
Il faut aussi une Europe plus stable dans ses frontières qui ait le courage de refuser l’adhésion de la Turquie. L’Europe a une identité commune, fondée sur une culture chrétienne. Actuellement, il faut éviter d’élargir l’Europe à la Serbie, au Monténégro et à d’autres pays Balkans en attente, quitte à ce que ce refus ne soit pas définitif afin de leur éviter une mainmise russe.
Lorsqu’en Europe, 95% des marchés publics sont ouverts aux entreprises étrangères, les USA n’en ouvrent que 30% et la Chine 0%, IL faut instaurer un principe de réciprocité dans les échanges commerciaux.
Nous avons trop attendu que l’Europe fasse à notre place ce que nous n’avons pas toujours eu le courage de faire en France.

L’orateur se prête ensuite au jeu des questions-réponses que l’on peut résumer comme suit :
• L’Europe ne peut-elle aider à résoudre les problèmes internationaux au moment où l’on voit la présidence américaine modifier les liens transatlantiques entre les USA et l’Europe, la Russie et la Chine, où reprend la crise ukrainienne, où apparaît l’inquiétude dans les pays baltes vis-à-vis de leur puissant voisin ?
Geoffroy DIDIER rappelle que le système politique américain est fondé sur le « check and balance », autrement dit que le Sénat amortit les chocs et joue un rôle apaisant.
• Alors qu’en France, le Sénat a voté le gel de la hausse des carburants, on s’étonne que le Premier Ministre l’ait ignoré.
Geoffroy DIDIER estime que le moratoire pour six mois est une provocation, et que l’urgence est surtout de renoncer de manière définitive à cette hausse de taxe.
• Pourquoi n’arrive-t-on pas en Europe à taxer les GAFA ? C’est là un enjeu essentiel de la prochaine mandature.
L’orateur répond qu’il faut surtout se demander pourquoi il n’existe pas de GAFA européen. Il indique, par ailleurs, que TRUMP a suscité une vague de patriotisme alors qu’il n’existe pas de sentiment de citoyenneté européenne. Il faut construire un patriotisme européen, patriotisme et non pas souverainisme, qui écraserait les nationalismes.
Il faut défendre un patriotisme européen malgré les disparités que l’on constate au sein de l’Europe, par exemple : un SMIC qui s’élève à 215 Euros en Bulgarie et à 2 000 euros au Luxembourg, mêmes disparités entre les coûts de production, l’âge de départ en retraite (67 ans en Allemagne), la durée annuelle du travail, etc …
• Sont abordés ensuite les sujets suivants : l’Europe sociale et la paix, l’utilisation des impôts européens, la COP 24, sujets qui permettent à l’orateur de développer les points suivants :
- On constate un manque de pédagogie en matière européenne qui entretient chez les peuples des idées préconçues.
- La France génère 1 à 3% des émissions mondiales à effet de serre. Elle se distingue très favorablement dans ce domaine, car nos entreprises s’attachent technologiquement à la transition énergétique. L’Europe pourrait taxer la pollution importée et la Banque Européenne soutenir les investissements climato-compatibles. L’engagement en faveur du climat peut conforter la puissance européenne au moyen de crédits pour une croissance pérenne, donc sociale. Bien d’autres mesures peuvent la favoriser : discours incitatifs, isolation des logements, développement des circuits courts, taxation du kérosène mais il n’y aura pas de sauvetage climatique planétaire sans concertation européenne. A cette exigence, s’ajoute la nécessité de rendre l’écologie supportable économiquement.
- En ce qui concerne la présidence de TRUMP, on peut faire un parallèle intéressant avec la France : alors que TRUMP est l’élu de l’Amérique profonde, de ses territoires, Emmanuel MACRON en est éloigné.
- On ne peut pas gouverner la France avec 3% de déficit budgétaire pour seul objectif
- L’Europe doit aller vers la convergence des prélèvements fiscaux et sociaux.

Au terme de cet entretien, la Présidente Monique RONZEAU remercie chaleureusement son invité en soulignant la passion avec laquelle il défend ses idées et ses engagements.
Elle évoque les contacts pris avec les futurs invités des déjeuners de l’Association et indique à ses membres la possibilité de régler leur cotisation en ligne. Elle remercie Clara LEES, l’assistante de Catherine DUMAS , du travail qu’elle a effectué au service de l’Association et se réjouit de la voir bientôt en devenir membre.

Le 2 octobre 2018, l’Association Femmes Débat Société accueillait le Général DURIEUX, Chef du Cabinet Militaire du Premier Ministre.


En le remerciant de sa présence, la Sénatrice Catherine DUMAS lui présente brièvement l’Association qui réunit des femmes de droite et du centre qui s’intéressent au débat public tout en étant en postes de responsabilité dans leurs divers domaines d’activité.


Saint-Cyrien, diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’Université de Georgetown aux USA, le Général DURIEUX a effectué l’essentiel de sa carrière dans la Légion Etrangère qu’il a encadrée dans les Balkans ainsi qu’en Afrique avant de rejoindre l’Etat Major des Armées, puis d’occuper le poste d’adjoint au cabinet militaire du Ministre de la Défense, de diriger le Centre des Hautes Etudes Militaires (CHEM), de commander la 6ème Brigade Légère blindée et d’être nommé chef du cabinet militaire du Premier Ministre. Docteur en histoire, il a publié « Relire De la guerre de Clausewitz » chez Economica et dirigé plusieurs autres publications.


L’orateur commence par préciser le contenu de sa mission actuelle auprès du Premier Ministre à savoir lui permettre d’exercer ses responsabilités en matière de défense, responsabilités qui concernent la souveraineté de l’espace aérien, l’action de l’Etat en mer et la cyber-défense. Il lui incombe en outre de préparer les réunions et d’arbitrer entre les ministères les questions concernant les problèmes de défense. Le Général DURIEUX précise que le poste de responsable du cabinet militaire de Matignon échappe à toute considération politique.
Le Général DURIEUX identifie 4 défis principaux en matière de défense :


• Le premier est de nature philosophique : Qu’est-ce que la guerre aujourd’hui ? Autrefois, la guerre était une expérience concrète, elle relève aujourd’hui d’une perception mystérieuse. Alors qu’elle a été une institution qui visait à canaliser la violence à l’intérieur d’une durée et d’un espace bien définis en vue d’aboutir à un règlement pacifique, il s’agit maintenant de contre-terrorisme.


• Le second est politique. Le cadre qui était habituel jusqu’à l’an 2000 s’est fragilisé qu’il s’agisse de l’OTAN, des liens avec les USA, avec la Grande-Bretagne, des synergies avec les alliés, avec des Etats qui décident peu ou mal. La dépendance à des systèmes d’armes complexes s’est accrue.


• Le troisième est militaire : nous sommes face à des guerres hybrides telle l’action russe en Ukraine et en Syrie. La guerre relève de politiques de puissance et ne reste plus cantonnée à des limites. Elle se pulvérise en micro-conflits comme on le constate en Afghanistan, en Syrie, où de multiples groupes mouvants s’affrontent. Le désordre s’instaure en matière de durée et d’objectifs. Doit-on privilégier le long terme ou la réactivité immédiate ?


• Le quatrième est de nature sociale, sociétale. Il y a toujours eu une tension historique entre l’armée et la société qui la porte. Or, l’armée ne doit pas s’écarter de la société tout en n’y restant pas trop liée au risque de perdre en efficacité. Un exemple : la directive européenne de 2003 sur le temps de travail est inapplicable pour l’armée et le Président de la République de l’époque a dû l’en exonérer.


Ces défis, bien sûr, ne sont pas exhaustifs : on peut, par exemple, leur ajouter l’instantanéité alors que la guerre demande du temps pour faire changer l’autre.


En conclusion, le Général DURIEUX se réjouit de constater l’intérêt que portent les citoyens concernés aux problèmes de défense.


Le nombre et la diversité des questions de l’assistance ont permis au Général DURIEUX de développer les points suivants :


• L’Intelligence artificielle est de plus en plus utilisée, entre autres en matière de reconnaissance d’images. La capacité d’analyse peut intégrer de nombreuses analyses qui aboutissent à fournir des solutions moyennes. Or, la guerre doit surprendre l’adversaire.


• En ce qui concerne l’opération Sentinelle, il n’est pas sain d’avoir des soldats dans la rue. Ce sont les policiers qui doivent s’y trouver. L’armée n’y fournit en réalité qu’une présence symbolique.


• Alors que la France veut une politique européenne de défense, ses partenaires européens gardent confiance dans l’OTAN, qui remplit aussi le rôle de forum politique.


• Il n’est pas adéquat de parler de cyber-guerre. On peut imaginer des attaques cyber massives qui conduisent à entrer en guerre. Ces attaques peuvent revêtir plusieurs formes : 

- Une attaque sous forme d’espionnage qui permette à l’ennemi la captation de données.
- Une attaque sous forme de sabotage, telle celle qui a été menée contre les centrifugeuses iraniennes.
- Une attaque sous forme de manipulation de l’information.
- Des actions à but monétaire, à caractère financier.

Les services secrets ont utilisé les trois premiers types d’action. Il est toujours difficile d’identifier et de prouver l’existence de cyber-attaques, difficile aussi de les distinguer des actions de communication (cf. le roman Blackout sur les effets d’une suppression à grande échelle du courant électrique).


• Les pays d’Europe de l’Est restent méfiants vis-à-vis de la Russie et se tournent vers les USA sous couvert de l’OTAN. La France essaie de les rassurer en étant ferme vis-à-vis des Russes et en veillant à l’équilibre des armements, alors que les Russes procèdent à des intimidations et que la politique américaine inquiète. La France a missionné des soldats dans les pays baltes. L’Europe de la défense a été proclamée il y a 15 ans. Elle est aujourd’hui critiquée parce que jugée irréelle. Les projets communs voulus par l’Europe de la défense restent difficiles à mettre en œuvre du fait des différences de calendrier entre pays, de la diversité des besoins, de l’égoïsme industriel, des différentes approches en matière d’exportation d’armements vers les pays hors de l’Union Européenne. Pour y parvenir, il faut en effet obtenir l’accord de tous les pays qui fabriquent les composants des armements à exporter.
Or, le marché français, à lui seul, ne justifie plus notre programme d’armement. Enfin, au total, la défense européenne coûte plus cher que la défense nationale.


• Alors que des doutes apparaissent sur la protection américaine, l’Europe a acquis une culture stratégique qu’elle pourrait lui faire partager. Nous savons ce que coûte la guerre. Nous savons aussi qu’à son terme nous devrons vivre avec l’ennemi. L’action militaire doit, donc, être conduite en vue d’une paix utile.


• Le Service National Universel, tel qu’il est envisagé, ne sera pas militaire. Il se déroulera en deux phases : une phase universelle qui concernera tous les jeunes de 16 ans pendant un mois. C’est une sorte de complément à l’éducation nationale. La seconde phase concerne les jeunes de 18 à 25 ans : c’est un Service Civique de 6 mois assuré sur une base volontaire auprès de services publics, d’associations ou de collectivités locales.


• L’arme nucléaire a un effet dissuasif, mais il faut repenser cette dissuasion du fait de la multiplication de ces armes. Il reste de nombreuses zones inquiétantes : le Levant et l’Iran dont les acteurs, Sunnites, Chiites, Israël …sont incontrôlables, où la Russie est triomphante et la politique américaine peu lisible. Le plus menaçant pour nous consiste dans la faillite de plusieurs Etats Africains dont de nombreux compatriotes vivent en France. Il faut également mentionne la mer de Chine et la Corée.


• Enfin, si la guerre est une négociation par d’autres moyens, on ne négocie pas avec le terrorisme.


En conclusion, la présidente Catherine DUMAS remercie vivement son hôte d’une intervention si intéressante, en particulier sur la philosophie de la guerre comme sur le rôle de la Chine et l’ouverture de la route de la soie, qu’elle justifierait une nouvelle invitation. Elle rappelle que le prochain déjeuner de l’Association est fixé au mardi 6 novembre.

Le 22 mai 2018, l’Association Femmes Débat Société accueillait Isabelle HUDON, Ambassadrice du Canada en France.

            Catherine DUMAS, Sénatrice et Présidente de l’Association la présente brièvement à son invitée avant de lui donner la parole.  L’Association Femmes Débat Société réunit des femmes en position de responsabilité dans divers secteurs, femmes qui  ont en commun des opinions européennes, libérales ainsi qu’une volonté de participer aux débats publics.  En témoignent en particulier la participation de l’Association à la COP 21, l’accueil des candidats à la récente élection présidentielle et le partenariat avec Tunisiennes Fières dont la Présidente Donia KAOUACH siège au Conseil d’Administration de Femmes Débat Société.

            Christine de METZ rappelle ensuite les étapes de la carrière de l’Ambasadrice Isabelle HUDON, première femme à représenter son pays en France.  Dotée d’une personnalité exceptionnelle, Isabelle HUDON a suivi un parcours atypique.  Elle a commencé sa carrière professionnelle en politique fédérale dans différents ministères, tel celui de la ministre responsable de l’Agence canadienne de développement international, avant d’occuper des postes stratégiques dans le secteur privé chez Bell Solutions globales, à l’Agence spatiale canadienne (ASC), chez Bombardier Aéronautique et à BCE Média.  Vice-Présidente de la Chambre de Commerce du Montréal métropolitain, elle en devient Présidente en 2005 et siège dans de nombreux conseils d’administration avant de devenir Présidente de la Financière Sun Life au Québec en 2010.  En septembre 2017, Justin TRUDEAU  la nomme Ambassadrice du Canada en France.  Récipiendaire en 2005 du Canada’s Top 40 under 40 (les 40 Canadiens les plus performants de moins de 40 ans), elle figure en 2006 parmi les 100 femmes les plus influentes du Canada reconnues par Canada’s Most Powerful Women : Top 100.

            Isabelle HUDON complète à son tour cette présentation en évoquant des aspects plus personnels : l’influence d’un père élu au niveau fédéral et celle d’une mère qui a su transmettre des racines et des valeurs.  Et puis sa propre personnalité, qui l’a conduite à éviter un parcours académique au profit de contacts immédiats avec le terrain.  Il faut dire qu’elle s’avoue impatiente.  Clin d’œil du destin : ses performances lui ont ultérieurement mérité le diplôme de Docteur Honoris Causa de l’Université Concordia pour la plus grande joie de ses parents…  En raison de son caractère direct et de son absence d’expérience diplomatique, ses amis se sont inquiétés lors de sa nomination d’Ambassadrice, de l’accueil que lui réserveraient les Français …

            Dans cette nouvelle mission, elle s’est assignée trois priorités :

-          La promotion du CETA ou traité de libre échange entre l’Union Européenne et le Canada adopté par Bruxelles en février 2017. Or, il suscite bien des réticences, alors qu’il doit être ratifié par les Parlements de chacun des membres de l’Union d’ici un an.  Il s’agit pour elle de lever ces réticences à force d’explications, de pédagogie et de lobbying.  Le Canada est en effet soucieux de multiplier ses marchés afin d’alléger sa dépendance du marché américain.

-          Le développement de la coopération culturelle, en particulier dans les arts numériques. Or, il est à craindre que les gouvernements des Etats attachent plus d’importance aux échanges économiques qu’aux partenariats culturels. 

-          La cause des femmes, sujet qui lui tient particulièrement à cœur, car il incombe à  celles qui ont réussi de donner en retour à celles qui sont victimes de plafonds de verre, de préjugés sociaux ou de carences éducatives.

La tâche est multiforme en raison des conditions très différentes qui règnent dans les pays du globe.  Quoi de commun entre l’illettrisme féminin dans des régions où règne l’insécurité et les préjugés qui limitent la carrière des sur-diplômées ? 

Un point important à noter : ces préjugés ne tiennent pas uniquement au « machisme ».  Ils existent chez les femmes elles-mêmes : ce n’est pas d’ambition mais de confiance qu’elles manquent en souffrant le plus souvent du syndrome de l’imposteur.  Autrement dit, elles se jugent insuffisamment qualifiées, hésitent à profiter des occasions, craignent de ne pas être à la hauteur, de s’exposer à la critique de leur entourage, etc …Au total, trop nombreuses sont celles qui attendent que le fruit leur tombe dans les mains et qui manquent de la détermination suffisante pour réaliser leurs ambitions.

En ce qui la concerne, Isabelle HUDON a « secoué le pommier ».  Lorsqu’elle a vu son compagnon intégrer l’INSEAD, elle a voulu en faire autant.

Pour faire bouger les choses, elle a adopté des mesures concrètes :

. un geste par jour sous le signe de la solidarité et sous forme d’un conseil, d’un encouragement, d’un appui.  Avoir sur soi en permanence une liste de candidates permet de les faire profiter d’une opportunité, veiller à leur participation en réunion en leur accordant une place visible, en leur évitant les interruptions lorsqu’elles interviennent, etc …

. la création de l’organisme L’Effet A, A comme Ambition.  Ce mouvement vise à promouvoir les initiatives féminines, à les aider à réaliser ce qu’elles ambitionnent.  A ce jour, un millier d’entre elles ont reçu un diplôme attestant de leur réussite.

. A un autre niveau, elle co-préside avec Melinda GATES le comité consultatif pour l’égalité des sexes au G 7 qui doit se réunir en juin prochain au Canada.  Elle y présentera un rapport aux sept pays membres et  préconise la constitution d’un tel comité non gouvernemental au sein de chaque pays.

            Aux femmes décidées à réaliser leurs ambitions, Isabelle HUDON ne cache pas les remises en cause à opérer.  Il leur faut accepter :

-          De modifier leur emploi du temps

-          De vivre une certaine solitude dans leur projet.

-          De renoncer à un idéal de perfection, car ce n’est plus la perfection qu’il leur faut rechercher, mais l’excellence dans la réussite.

A chacune de choisir ce qu’est pour elle l’équation du bonheur et d’aller au bout de ses choix.  Rien ne bougera si les femmes ne se battent pas.

A l’issue de cet entretien, ponctué d’échanges avec l’assistance, Catherine DUMAS remercie chaleureusement Isabelle HUDON qui a montré l’importance du geste quotidien et en soulignant les liens très forts qu’elle a su établir avec les membres de l’Association qui partagent avec elle le souci de servir leur pays. 

 

Avant de donner la parole à son invitée, la Présidente Catherine DUMAS dit un mot des rendez-vous et activités à venir de l’Association. 

Le prochain Conseil d’Administration se tiendra au restaurant le Bourbon et se consacrera à la présentation des valeurs de l’Association.

Le 10 avril, c’est autour d’une personnalité du monde judiciaire que se tiendra un apéritif au restaurant La Maison Blanche, avenue Montaigne.

Le 25 juin, aura lieu l’Assemblée Générale à l’issue de laquelle l’Association recevra Michel BARNIER. Commissaire Européen.  Femmes Débat Société sera heureuse d’y retrouver sa Présidente d’Honneur : Françoise VILAIN récemment victime d’ennuis de santé.

            Vient ensuite le moment de présenter Marie MERCIER, Médecin, Sénatrice et, à ce titre,  collègue de la Présidente de l’Association : Catherine DUMAS.  Elles ont toutes les deux en commun le souci d’éviter de transformer la politique en conflit permanent.  Sans pour autant renier leurs idées, elles s’attachent à mener leur combat de façon apaisée.

            C’est de la Protection des mineurs victimes d’infractions sexuelles que Marie MERCIER vient parler, sujet dont elle a été le Rapporteur auprès du Groupe LR du Sénat.  Il s’agit d’une réalité mal connue  autour de laquelle règne une certaine omerta pour les raisons que va exposer Marie MERCIER.  L’orateur prend soin d’avertir l’Association que l’on ne sort pas indemne de l’étude d’un tel sujet.  Elle l’a menée avec sept collègues au moyen de quatre déplacements, de rencontres avec cent vingt personnalités et de quatre cent trente deux contributions sur site.

            On ne dispose pas de chiffres précis sur sur les violences faites aux enfants, mais on estime les victimes à 20% d’une classe d’âge, cela alors que l’on dispose d’un arsenal législatif complet sur le sujet.  La loi précise trois types d’infractions : l’atteinte sexuelle qui se « limite » à des bisous donnés à des enfant par des adultes, l’agression sexuelle et le viol qui suppose une pénétration (souvent difficile à identifier).

            L’enquête qu’ a menée l’orateur révèle que les violences intra-familiales touchent tous les milieux.  Elles remontent loin dans le temps : le premier code juridique connu réprimant le viol et l’inceste remonte à 692 avant J.C.  Il a été édicté par un roi de Babylone.

            L’importance de l’éducation  en la matière saute aux yeux d’emblée : éducation indispensable dans le  couple mère-enfant, indispensable aussi dans les rapports père-bébé.  S’y ajoute le rôle du net : un enfant sur deux de moins de 10 ans a consulté un site pornographique.  Alors, les jeunes cherchent à  reproduire les jeux des acteurs.  L’accès aux réseaux sociaux fournit des photos de sexes, de seins. Or,  il ne faut que 20 minutes à un prédateur pour remonter à la personne photographiée et ce sans que les parents puissent s’en douter.  La pédo-pornographie montre qu’aucune bête ne ferait à ses petits ce que montrent ces photos.  Les pédo-pornos sont des collectionneurs d’images que l’on ne sait pas déceler.  Le voyeur de films pédo-pornos, lui,  ne voit pas le problème.  Or, pour accéder à ces représentations, il faut une éducation informatique particulière et c’est un  domaine où excellent les jeunes.  Comme de tels sites sont le plus souvent étrangers, la loi française ne peut s’y appliquer.

Il est, donc, essentiel que des Associations interviennent dès les classes primaires  pour parler de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas, du respect du corps, de la dignité humaine.  On a constaté que dès le CE 2, des enfants pratiquent la fellation.  Il faut le courage de poser des interdits, il faut en parler.

            C’est souvent dans des couples en souffrance que l’enfant est instrumentalisé.  Or, un enfant ne parle jamais dans sa souffrance : il dit ce que son père et sa mère lui ont dit de dire.  La victime porte sa souffrance à perpétuité et, pour survivre, elle met en place une « béquille » en enfermant sa souffrance dans le silence pour l’occulter jusqu’à ce qu’un événement survienne dans sa propre vie, par exemple une procréation, et la fasse exploser. 

            De ce fait, il est indispensable de prolonger le délai de prescription, indispensable aussi de ne pas enfermer la victime dans son statut de victime.  Indispensable enfin de mettre en faute l’auteur de l’agression en introduisant une présomption de contrainte en cas de différence d’âge ou de manque de discernement, car le manque de discernement n’a pas d’âge.

            Marie MERCIER se prête ensuite à des échanges qui ont porté essentiellement sur les points suivants :

  • · Les violences faites aux enfants se produisent souvent dans le cadre de violences conjugales. A femmes battues, enfant battus.  Dans la Région Ile de France, se trouve une forte demande de formation des éducateurs dans les écoles.
  • · On sous-estime la dimension du phénomène. L’éducation est la base d’une prise de conscience.
  • · En 2017, 8497 plaintes ont été enregistrées. Elles concernaient essentiellement des faits accomplis par des mineurs sur des mineurs.  Il faut mettre un seuil à l’âge de 18 ans.  A noter toutefois qu’un seuil d’âge est difficile à fixer.  Ce seuil varie d’un pays à l’autre.  Il convient aussi de caractériser les circonstances : y a-t-il eu ou non violence ?
  • · La justice française manque de moyens : c’est la raison pour laquelle les juges « correctionnalisent » les plaintes : en correctionnelle, les plaintes sont jugées plus rapidement, alors qu’autrement le délai entre le dépôt de la plainte et le jugement en cour d’Assises peut s’allonger jusqu’à sept ans. De plus, les jurys d’assises se composent  d’une part de magistrats, d’autre part  de simples citoyens qui ont du mal à rester concentrés une journée entière sur un procès et qui, par ailleurs, ne sont pas rémunérés.
  • · Une formation pourrait être appliquée aux parents et des sanctions prévues pour non-dénonciation des faits constatés.
  • · L’orateur insiste à nouveau sur le fait que tout est dans la loi, mais que cette loi reste mal connue.
  • · Les victimes subissent un stress post-traumatique. Le cerveau met en place un déni qui enferme le trauma au placard.  Or, les barrières mises en place pour permettre de vivre vont sauter dans telle ou telle circonstance : accouchement, retour sur certains lieux.  Si la personne est écoutée ou bien si elle écrit, l’oubli peut arriver une fois qu’elle s’est exprimée.

En guise de conclusion, si l’orateur se montre pessimiste sur la mise en place d’une présomption de contrainte que le gouvernement ne retient pas, elle définit son objectif : recoudre l’humanité pour chacun.

      La Présidente Catherine DUMAS remercie chaleureusement son invitée en insistant sur l’importance de la notion de respect de l’autre.

Pour plus de précisions, voir le rapport d’information N° 289 fait pat Marie MERCIER et publié par le Sénat, Commission des Lois. : https://www.senat.fr/rap/r17-289/r17-2891.pdf

Laure Darcos a accueilli Nicole Ameline, Présidente du CEDAW (Comité de lutte contre les discriminations faites aux femmes au sein de l’Organisation des Nations unies), en l’absence de Catherine Dumas retenu par le Président du Sénat.

Florence Kersus, membre du CA de FDS a présenté rapidement le parcours de Nicole Ameline qui s’est toujours beaucoup investie dans FDS et qui a été successivement parlementaire, Ministre de l’égalité H/F, puis experte à l’ONU.

Femme d’engagement et de conviction, sur le terrain politique nationale comme dans le Calvados, jusqu’à NYC et au Caire, elle a toujours et continue à être une militante des droits des femmes, humaniste, et figure dans le dictionnaire des féministes.

 

Après avoir rappelé qu’elle avait vu la « famille » FDS se fonder, Nicole Ameline, a brossé un panorama des enjeux d’aujourd’hui pour lesquels une association comme FDS peut jouer un rôle majeur. 

Face aux nouveaux défis, il est indispensable d’œuvrer pour la consolidation des valeurs irréductibles de l’humain. Certaines forces prônent le retour au nationalisme, le droit international n’est plus sacré et on doit constater que les progrès qui ont été faits ne sont plus garantis. Il faut se mobiliser en faveur des droits fondamentaux. Les sujets comme l’IA, les changements du climat appellent la mise en place d’une régulation, d’un cadre éthique et dans ce cadre la préservation des droits des femmes. L’enjeu, c’est la préservation ou l’instauration de leurs capacités à décider et à choisir leur avenir. Selon elle, il ne faut plus agir pour les femmes mais Avec les femmes.

 

L’enjeu développement durable qui est le nouvel agenda universel du monde est indissociable des enjeux d’égalité H/F. Elle ne laissera rien passé aux NU car selon elle il n’y a pas de développement durable sans égalité des sexes. C’est un combat politique qui se passe via ce qu’elle appelle l’empowerment.

Il faut continuer et gagner le combat politique car il y a de plus en plus d’influenceurs qui ne partagent pas forcément nos valeurs.

 

La France n’est pas toujours exemplaire en matière de respects des droits de l’homme et c’est dommage car cela nous affaiblit alors même que nous sommes les dépositaires d’un patrimoine culturel sur les droits des femmes qui date de l’esprits des lumières.

La France a ainsi plusieurs responsabilités : il faut qu’elle respecte les règles internationales car l’exemplarité est essentielle ; elle porte un symbole d’un espoir pour les femmes dans le monde entier ; elle a un rôle de solidarité.

Elle a évoqué le succès d’un projet développé en Égypte sur la diffusion de la culture d’égalité professionnelle qui permet à des femmes de progresser au sein de grands groupes.

Elle a insisté sur la nécessité de militer en faveur de la formation numérique pour les femmes.

Enfin dans le respect de l’égalité républicaine il faut rester vigilant car il y a des femmes dont les droits régressent dans certains quartiers, notamment par l’instrumentalisation de la religion.

Elle rêve ainsi d’un monde ou l’égalité est un élément de paix avant même d’être un élément de justice sociale. Selon elle, si l’égalité des droits des femmes est un facteur de paix dans le monde, nous n’aurons pas perdu notre temps.

 

Chacune d’entre nous peut être une ambassadrice à travers des projets et une prise de conscience. Cela crée une force inouïe d’aller sur place et de témoigner pour les femmes dans de pays moins favorisés sur le plan des droits .

Elle considère que le Tour de France de l’égalité qui vient d’être lancé par le PM peut être utile et que les jeunes peuvent y être sensibles.

Sur l’emploi, il faut profiter de tout ce qui existe sur l’organisation du travail pour faire en sorte que les femmes ne renoncent pas à travailler et toute initiative est la bienvenue. Les femmes doivent aussi changer de mentalité. Il faut arrêter de demander, il faut prendre. C’est aux femmes d’imaginer ce nouveau monde.

Enfin, sur le plan des progrès qui peuvent être constaté dans certains pays, il faut que les progrès soient sur tous les plans, pas seulement l’autonomie dans le travail ou les déplacements, mais aussi la place de la femme dans la famille ou la société en général. Combien de femmes dans le monde ne se sentent en réalité pas encore libre, libres de penser et de choisir ?

 

Un des grands combats qui reste à mener est celui contre l’impunité. L’accès à la justice n’est pas toujours garanti. Pourtant, nombreux sont les pays musulmans qui ont ratifié la convention de lutte contre les discriminations faites aux femmes.

Le rôle que peuvent jouer les organisations internationales est essentiel. Quelqu’un comme Christine Lagarde peut changer la donne.

 

Le CEDAW est ainsi un gardien et a des pouvoirs de sanctions. On peut aussi donner de la visibilité aux manquements qu’il constate. En termes d’image cela a beaucoup d’impact.

Cela reste compliqué car certains trouvent excessifs les 2% de budget des NU consacrés aux droits de l’homme. Pourtant il faut être conscient qu’on a vécu sur le parapluie du droit international donc il faut vraiment veiller à ne pas l’affaiblir.

Concernant l’accueil des migrants elle n’est pas heureuse de la situation. La France n’a pas été exemplaire.

La France est à un tournant et elle doit choisir d’être forte en Europe pour que celle-ci devienne un acteur global et qu’elle ne reste pas un marché uniquement économique, tourné vers lui-même