8 mars 2016 : FDS reçoit M. Hervé Mariton, Député de la Drôme

 

Hervé Mariton

 

 

En accueillant le député Hervé MARITON dans le cadre de ses déjeuners mensuels, l’Association Femmes Débat Société inaugure le cycle de ses invitations réservées aux candidats à la prochaine élection primaire de la Droite et du Centre. A la suite de M. MARITON, sont prévues la venue de François FILLON le 5 avril prochain et celle d’Alain JUPPE le 17 mai.

 

Françoise VILAIN rappelle que cette date du 8 mars est aussi celle de la Journée de la Femme. Par ailleurs, elle demande un moment de silence à la mémoire de Françoise MIQUEL, membre de l’Association récemment décédée, dont elle souligne les qualités d’intelligence, d’énergie et de courage qui ont été les siennes jusqu’au bout. L’accompagnement fidèle de Françoise MIQUEL par plusieurs des membres de l’Association a illustré les valeurs d’amitié qui unissent et auxquelles Femmes Débat Société attache une importance majeure.

Laure DARCOS présente ensuite Hervé MARITON sous une forme brève mais d’autant plus méritoire que sa biographie est particulièrement riche. Né en 1958 à Alger, ce qui est à la racine de son engagement politique, il est père de quatre enfants, Ingénieur en Chef du Corps des Mines, ancien élève de l’Ecole Polytechnique, lauréat de l’IEP de Paris, diplômé d’études approfondies de gestion de Paris IX Dauphine et lauréat du concours général de russe. Maire de Crest depuis 1995, Député de la Drôme de 1993 à 1997, il est réélu depuis 2002, porte-parole de l’opposition de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale et rapporteur spécial du budget « Prévention des risques, conduite et pilotage des politiques de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer ». Il est vice-président des groupes d’amitié France-Russie et France-Royaume Uni, membre de la délégation d’Outre-Mer de l’Assemblée. Conseiller Régional de 1986 à 2002, il a été vice-président du Conseil Régional de Rhône-Alpes entre 1994 et 1998 avant de devenir Ministre de l’Outre-Mer du gouvernement Villepin en 2007. Auteur de plusieurs rapports parlementaires, il a également écrit trois ouvrages : Transmettre pour construire, Editions Pygmalion, Le Bonheur regarde à droite, Editions du Cerf et récemment : Le Printemps des Libertés, Editions de l’Archipel, paru il y a quelques jours.

Avant d’afficher ses positions, Hervé MARITON évoque les racines de son engagement politique. De son origine algéroise, il tire la conviction que c’est à l’être humain qu’il incombe de construire le monde, l’histoire et la société. Comme l’indique le titre de son premier ouvrage : Transmettre pour construire, est essentiel pour lui. Il se montre en cela fidèle à St Thomas d’Aquin pour lequel il est plus important de transmettre que de contempler. Ce n’est pas pour autant que la politique peut tout résoudre : si elle le prétendait, elle susciterait des régimes totalitaires. Autorité et liberté doivent faire jeu égal.

Hervé MARITON dénonce l’hypocrisie et les tabous sur lesquels s’est construite la société française. Une fois énoncés les grands principes, la réalité est différente et fourmille d’aménagements et de dérogations. Ainsi en va-t-il des 35 heures, de la législation du travail, du régime des logements sociaux (on ne note aucune corrélation entre le nombre de logement et la mixité sociale mais une corrélation entre les bénéficiaires des logements sociaux et le vote en faveur de Hollande). Plutôt que de gaspiller l’argent public, mieux vaudraient des aides à la personne que des aides à la pierre. Autre exemple : on affirme que l’enseignement est gratuit alors que l’on sait le prix de l’accompagnement des élèves ou des inscriptions dans des écoles. Pourquoi ne pas consentir des prêts aux étudiants, prêts assortis d’une caution publique ainsi que d’une obligation de remboursement sur les premiers salaires comme cela se pratique en Australie ? Autre tabou : la progressivité de l’impôt. Au lieu de s’y attacher, mieux vaudrait adopter une flat tax tant sur les revenus mobiliers qu’immobiliers, flat tax de 2% jusqu’à 8 000 Euros par part imposable et de 15% au-dessus. Cela serait juste, simple et permettrait d’éviter les innombrables niches fiscales de la législation actuelle. Tout aussi hypocrite est l’attachement au droit du sol pour obtenir la nationalité française. Que signifie ce droit lorsqu’au bout de deux ou trois générations les bénéficiaires deviennent tous multinationaux du fait de leurs nombreux déplacements de leurs parents ? Mieux vaudrait choisir le droit du sang et donner aussi la nationalité à ceux qui veulent s’assimiler à la nation française. Hypocrisie aussi que de ne pas voir la mondialisation et la globalisation de notre environnement. Même chose en matière d’une décentralisation qui est proclamée alors que l’on retire les responsabilités dévolues au niveau du département, en matière aussi de stupéfiants : la législation existe sans être appliquée : 17 millions de Français et 50% des jeunes ont consommé au moins une fois les substances interdites.

Devant de tels constats, l’orateur souhaite que l’alternance réussisse à associer liberté et responsabilité des citoyens.

En réponse aux nombreuses questions posées, l’orateur a pu fournir les précisions suivantes :

· Question : les premiers mois qui suivent l’élection du Président de la République en mai sont les plus utiles. Quelles sont les mesures prioritaires qui pourraient être votées par l’Assemblée dès le mois de juillet ?

Réponse : ce calendrier s’est imposé à la suite du décès du Président Pompidou en avril. Le temps d’organiser la nouvelle assemblée, la période des vacances parlementaires, le vote du budget au mois d’octobre ont repoussé le vote des premières mesures du nouveau mandat présidentiel jusqu’en décembre. Pour éviter ce long délai, il importe de supprimer les vacances parlementaires des mois de juillet et août. Réticent à l’usage de l’article 49-3 comme à celui des ordonnances, Hervé MARITON se déclare convaincu de l’utilité des débats parlementaires, encore faut-il qu’ils aient lieu rapidement, car on ne peut faire le bonheur des peuples malgré eux. Les sujets prioritaires à ses yeux sont les suivants :

- La législation du travail qui, en son état actuel, doit être abrogée au profit d’un code simplifié voué à disparaître dès qu’auraient pris place des accords de branche ou mieux d’entreprises.

- Les économies budgétaires d’un montant de 100 milliards. Elles se répartiraient pour moitié en baisse d’impôts et pour l’autre moitié en baisse des déficits. Ces mesures sont indispensables à la restauration de la confiance et à celle de la souveraineté de la France.

· Question : Les jeunes se considèrent comme une génération sacrifiée et doutent du fait que leur vie devienne un jour meilleure que celle de leurs parents. Lucides et désillusionnés, ils ont envie d’aller voir ailleurs. Comment leur redonner confiance en leur pays et en un système éducatif qui se déclasse au niveau mondial ?

Réponse : En accordant autonomie et contractualisation aux établissements d’enseignement. Ce sont des sujets qui doivent se régler au niveau des élections locales dont les enjeux restent actuellement souvent loin des préoccupations immédiates des électeurs. Il faut annualiser le temps de travail des enseignants au lieu de le calculer, comme aujourd’hui, sur la semaine. Par ailleurs, les chefs d’établissements doivent avoir la liberté de recruter leurs enseignants. Il est essentiel aussi d’adresser aux jeunes un message d’optimisme et leur donner le sentiment qu’ils sont respectés. L’orateur se dit frappé du côté vulgaire et, de ce fait insultant, du langage qui est tenu aux jeunes ainsi qu’au grand public, ceci sous prétexte de se rapprocher d’eux.

· Question : En matière de lutte contre l’hypocrisie, est-il possible aujourd’hui de parler vrai aux Français ? Un tel langage est-il audible auprès d’eux ? Comment surmonter la défiance qu’inspirent les hommes et les femmes politiques, construire un pont avec eux et, ainsi, mettre un terme à l’hypocrisie que vous dénoncez ?

Réponse : Un langage de vérité s’est imposé sous Chirac en matière de sécurité routière et celle-ci s’est considérablement améliorée. Le gouvernement Raffarin a eu le courage en 2003 de proposer une réforme du régime des intermittents du spectacle dont le coût dépasse le milliard. Mais cette réforme a pâti de deux handicaps. D’abord, elle a été lancée au Printemps, date mal choisie qui compromettait la tenue des festivals de l’été. Ensuite, elle a été lancée sans avoir été suffisamment explicitée au préalable. Pour secouer une hypocrisie, il faut le faire complètement, sans restriction mentale et sans mépriser ses adversaires. Il faut aussi en choisir judicieusement le moment : le mois de novembre, par exemple, au lieu du Printemps pour tout ce qui concerne les jeunes.

A quoi tient la crédibilité aujourd’hui ? Aux résultats. Inutile de s’en prendre aux institutions de la République : elles fonctionnent.

· Question : le gouvernement manque de vision et de courage.

Réponse : Prenons l’exemple de la loi El Khomry : une logique de dérogations en maintenant les 35h. La majorité de demain a besoin de vision et d’audace. Les socialistes en ont manqué par exemple en ignorant le fait que trop d’impôt tue l’impôt. Il faut vouloir franchement ce que l’on veut : par exemple ne pas se limiter à supprimer les 35 h mais aller jusqu’à mettre en cause la durée légale du travail.

· Question : Comment envisagez-vous la construction européenne ?

Réponse : En respectant le principe de subsidiarité. L’Europe délègue du haut vers le bas au lieu de procéder du bas vers le haut. L’’Union Monétaire et Bancaire se fera nécessairement sur une base fédérale ou ne se fera pas, L’Europe ne peut pas servir de bouc émissaire car à quoi sert la critique des élites ? Le lien entre gouvernants et gouvernés ne peut se faire que sur la base d’un courage partagé : courage de dire la vérité du côté des élites et courage d’éviter des attentes utopiques du côté du peuple.

· Question : Que proposez-vous pour lutter contre le chômage ? Même question en matière de prélèvements à la source. Par ailleurs, comment pensez-vous éviter les manifestations de mécontentement dans la rue ?

Réponse : Sur ce dernier point, il semble essentiel de respecter les jeunes et, plus généralement, les attentes légitimes diverses. Ainsi, en 2007, les fonctionnaires attendaient beaucoup de l’arrivée de Sarkozy. Ils se sont sentis méprisés.

En matière de chômage, on sait que les emplois du futur se trouvent dans l’excellence technologique et dans les nouvelles technologies. Or, le niveau de l’enseignement mathématique en France ne cesse de décliner. On envisage aussi d’abandonner la filière nucléaire ...A la COP 21 les intérêts français ont été mal défendus et ont laissé place à beaucoup d’ambigüités : faut-il fermer les centrales carbone ou les centrales nucléaires ? En matière d’agriculture, on a fait assaut de démagogie. On doit, certes, améliorer la concurrence en faisant éclater certaines centrales d’achat trop concentrées, mais on ne peut pas faire la police des prix. Comment se fait-il qu’à niveau de prix équivalent avec la France l’agriculture des Pays Bas s’en sorte ? L’agriculture hollandaise a su investir et se moderniser alors que la France a entonné un refrain compassionnel. Il y a, aussi, place en France à une agriculture de spécialités.

· Question : Que pensez-vous de la place faite aux femmes en matière de politique et d’économie ?

Réponse : Le pouvoir se prend et il importe de ne pas confondre égalité et indifférenciation. Hommes et femmes se complètent et la réalité ne se perçoit qu’avec des éclairages différents. Il importe que les formations soient indistinctement ouvertes aux filles et aux garçons et en particulier l’enseignement scientifique. Ce qu’il faut reconnaître, c’est qu’en France l’encadrement supérieur ne tient pas compte des contraintes de la société. Il y a une culture (horaires de réunions par exemple) à modifier. La société doit respecter les rythmes familiaux.

Il est à craindre que le télétravail, souvent apprécié par les femmes, ne les tiennent à l’écart des lieux de réunion et de pouvoir.

En politique, il y a frustration des enfants qui souffrent de l’absence de leurs parents.

Ce que l’on peut dire, c’est que le principe de l’égalité hommes-femmes est acquis dans les esprits, mais que dans la réalité quotidienne la vie concrète d’une femme qui travaille doit être améliorée. Plutôt que l’ « égalité réelle » je parlerai de réalité de l’égalité.

La présidente de l’Association Femmes Débat Société remercie chaleureusement son invité en retenant deux des mots qu’il a très fréquemment utilisés dans son intervention : Bonheur et Prospérité. Elle souligne l’insistance avec laquelle Hervé MARITON veut lever les tabous et combattre l’hypocrisie. Elle souhaite enfin que la campagne présidentielle à venir s’intéresse aux femmes et invite vivement les membres de l’Association à voter dès la primaire.

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2 février 2016 : FDS reçoit M. Hakki AKIL, Ambassadeur de Turquie en France

Hakki Akil 2

 

Dans le cadre de ses déjeuners mensuels, l’Association Femmes Débat Société a accueilli Son Excellence M. Hakki AKIL , Ambassadeur de Turquie en France, le mardi 2 février 2016.

 

 

En attendant son invité, la Présidente de l’Association, Catherine DUMAS a souhaité la bienvenue aux nouvelles recrues et sympathisantes de l’Association, en rappelant que celle-ci rassemble un réseau d’amies de sensibilité politique de droite et du centre. Elle précise que les prochains déjeuners de l’Association accueilleront Hervé MARITON le 8 mars et François FILLON le 5 avril.

C’est en ami que Christine DEMESSE a présenté l’Ambassadeur Hakki AKIL dont le cursus s’est à plusieurs reprises déroulé en France. Titulaire d’une licence d’Economie Appliquée de l’Université de Bordeaux, il est également diplômé de l’Ecole Nationale d’Administration à Paris. En 1979, il a rejoint le Ministère des Affaires Etrangères de son pays où il a travaillé au Département Juridique et puis à l’Ambassade de Turquie à Damas avant d’être nommé à Paris consul de 1983 à 1987. A l’issue de sa scolarité à l’ENA, il retourne au ministère des Affaires Etrangères puis revient à Paris en tant que premier conseiller. Après avoir été Représentant Permanent Adjoint à l’Organisation Mondiale du Commerce, puis eu des responsabilités en matière de politique énergétique, il est nommé ambassadeur au Turkménistan, puis aux Emirats Arabes Unis. Sous-Secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères, il est sherpa du G 20 pour la Turquie de 2006 à 2008. En 2011 il est nommé ambassadeur à Rome avant de représenter aujourd’hui la Turquie auprès de la France.

D’entrée de jeu, M. AKIL rappelle que la Turquie a accueilli 2 millions et demi de migrants majoritairement d’origine syrienne. La Turquie est un état de tradition laïque ,dans lequel l’Etat a la tutelle des religions. Il indique également qu’en Turquie les femmes ont obtenu le droit de vote et d’éligibilité au niveau local en 1930 et au niveau national en 1934. La Turquie attribue d’importance au rôle des femmes dans la société et à cette fin assume des responsabilités. Dans ce cadre, « Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique », dit Convention d’Istanbul, a été acceptée durant la présidence de la Turquie du Comité des Ministères du Conseil de l’Europe en 2011.

Les relations entre la Turquie et la France sont anciennes. C’est, en effet, en 1526 qu’a été passé pour la première fois un accord entre une puissance catholique et une puissance musulmane. La mère du roi François 1er, Louise de Savoie, avait, en effet, sollicité l’appui de Soliman le Magnifique pour contribuer à la libération de son fils retenu prisonnier par Charles Quint. Soucieux d’équilibrer la puissance la Maison d’Autriche en Europe, le sultan n’avait pas hésité à apporter son aide. Dans le cadre de cet accord, divers privilèges ont été accordés à la France par les Capitulations.

L’économie turque connaît une progression spectaculaire depuis 12 ans. Son PNB est passé de 134 milliards de dollars en 2002 à 840 milliards en 2014, ses exportations de 40 à 150 milliards et le pays ne connaît pas actuellement de déficit budgétaire. Sa croissance de 4% aujourd’hui devrait atteindre 5 à 6% dans les années à venir. L’état de ses accords avec l’Union Européenne est de nature à inspirer confiance aux entreprises étrangères. Leurs investissements en Turquie, à 87% en provenance des pays occidentaux, se montent à 130 milliards de dollars. Le pays, qui s’apprête à fêter le centenaire de sa Révolution, ambitionne de figurer parmi les dix premières économies mondiales.

Le volume global de l’aide humanitaire accordée par la Turquie la situe au 3ème rang mondial, mais au 1er par tête d’habitant, ce qui explique que le premier sommet humanitaire mondial se tienne en Turquie au mois de mai prochain. Le nombre de réfugiés accueillis dans le pays depuis 5 ans se monte à 2 500 000 personnes en provenance de Syrie et d’Irak. L’importance de cette affluence, difficile à imaginer, ne manque pas de nécessiter des efforts importants en matière de construction d’hôpitaux, de crèches, d’écoles, etc..., efforts qui représentent 1,4% du PIB turc. Un effort similaire en France coûterait 26 milliards d’Euros au budget de l’Etat. En dépit de cette affluence (une ville comme Kilis, qui compte 95 000 habitants, abrite 110 000 réfugiés), on ne note pas d’incidents jusqu’à maintenant. A l’avenir, des visas pour les Syriens en provenance de pays tiers (principalement Jordanie ou Liban) seront exigés.

En réponse à diverses questions d’ordre politique, l’Ambassadeur AKIL rappelle que la Turquie est membre de l’OTAN et qu’elle est d’autre part en négociation d’adhésion à l’Union Européenne. Face à la décision américaine de procéder à des frappes aériennes contre Daesh, la Turquie estime qu’il convient « d’assécher le marécage (autrement dit Damas et Bagdad) avant de tuer les moustiques ». Il faut, en effet, admettre qu’en Syrie, la présence du gouvernement d’Assad renforce Daesh et que c’est pour des raisons politiques que Daesh s’est développé aussi rapidement. Le manque d’une véritable stratégie dans le camp occidental a été à l’origine de la prolongation de la crise syrienne. Les derniers développements au nord de la Syrie et le nouvel afflux de refugies causés par le bombardement massif russe ont encore une fois prouvé à quel point la Turquie avait raison en proposant la création d’une zone de sécurité et d’exclusion aérienne. Nous n’avons malheureusement pas pu réussir à convaincre nos alliés dans ce projet, plus particulièrement les américains.

L’orateur souligne que la Turquie est, par ailleurs, accusée de combattre les Kurdes alors qu’elle vient d’en accueillir et d’en loger 196 000 en 36 heures quand Kobane a été attaqué par DAESCH. Quant à la position de la Russie, l’essentiel de ses frappes est dirigée à 90% contre l’opposition syrienne modérée et à 10% contre Daesh, ceci afin de soutenir Assad ou de favoriser la création d’un mini-état syrien.

L’ambassadeur rappelle que ce sont essentiellement les Iraniens qui mènent la guerre en Irak. Preuve en est, par exemple, la fuite de l’armée irakienne forte de 45.000 combattants lors de l’attaque de Mossoul par 2000 membres de l’E I. Les soldats irakiens se sont débandés pour ne pas défendre les Sunnites.

Contrairement à Daesh, Al Nosra ne compte pas de volontaires étrangers et noue ses alliances selon les circonstances.

Pour en revenir à la Turquie proprement dite, l’Ambassadeur AKIL considère que le Président ERDOGAN a été un visionnaire pour son pays et que son gouvernement est composé d’humanistes. Il faut lui imputer les réussites économiques ainsi que les réformes démocratiques qui ont été accomplies en vue d’une collaboration plus étroite avec l’Union Européenne, tout comme l’initiative d’un processus de paix avec le PKK. Alors qu’on lui reproche d’être un islamiste, c’est en réalité un apôtre de la laïcité, soucieux de maintenir l’Etat à équidistance de toutes les croyances. Il faut, cependant, rappeler que la laïcité, sous sa forme militante, peut servir de fer de lance à un coup d’état militaire. Aujourd’hui, si la Turquie vit sous des lois d’urgence, c’est en raison des nombreux attentats qui y ont été commis.

Plus généralement, on peut considérer que, depuis la chute de l’URSS, les questions religieuses sont devenues des valeurs politiques.

La Présidente de l’Association remercie vivement l’Ambassadeur AKIL pour la spontanéité de ses propos et l’ouverture dont il a fait preuve face aux nombreuses questions de l’assemblée.

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Déjeuner FDS du mardi 12 janvier 2016 en présence de Xavier DARCOS

L’Association Femmes Débat Société a accueilli Xavier DARCOS au cours d’un déjeuner le mardi 12 janvier 2016 dans une atmosphère d’autant plus chaleureuse que Xavier DARCOS a bien voulu remplacer en dernière minute l’invité initialement prévu : l’Ambassadeur de Turquie soudainement rappelé à Istambul en raison des attentats  perpétrés dans son pays ce même jour.

Xavier darcos optUne particularité sympathique à signaler : Xavier DARCOS a été présenté par son épouse, Laure DARCOS qui est une des principales responsables de l’Association Femmes Débat Société. Particularité bienvenue en raison de la très riche biographie de l’invité.

Agrégé de lettres et Docteur ès Lettres et Sciences Humaines, Xavier DARCOS a commencé sa carrière au sein de l’Education Nationale en tant que professeur, notamment à la Khâgne au Lycée Louis Le Grand, puis comme Inspecteur Général. Elu à deux reprises Maire de Périgueux, Sénateur de la Dordogne, il est devenu Ministre de l’Enseignement Scolaire de 2002 à 2004, Ministre délégué à la Coopération, au Développement et à la Francophonie en 2004 et 2005 dans le gouvernement de Jean-Pierre RAFFARIN, Ministre de l’Education Nationale de 2007 è 2009 dans le gouvernement de François FILLON, puis Ministre du Travail, des Relations Sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville en 2009 et 2010.

De 2005 à 2007, il a été Ambassadeur représentant la France auprès de l’OCDE, Président Exécutif de l’Institut Français de 2010 à 2015. Depuis février 2015, il est
Ambassadeur pour le rayonnement du français à l’étranger.

Auteur de très nombreux ouvrages, en particulier sur la littérature ancienne et moderne, sur l’école et sur des hommes politiques, il a été élu en 2006 à l’Académie des Sciences Morales et ¨Politiques avant d’en devenir le Secrétaire Perpétuel en
2010, puis à l’Académie Française en juin 2013.

Son dernier titre est celui de Président de la Fondation SANOFI-Espoir.

Constamment actif, il vient de terminer un rapport sur le rayonnement du Français et sur l’offre éducative française à l’étranger, à la demande du Ministre des Affaires Etrangères et du Développement International, Laurent FABIUS.

Autant dire que nul mieux que lui n’est qualifié pour évoquer le développement de la diffusion de la langue et de la culture françaises à l’étranger.

Depuis le début de cette mission, Xavier DARCOS observe de considérables modifications dans les modalités de cette diffusion. Il ne s’agit plus aujourd’hui, comme autrefois, de seulement veiller à maintenir l’usage de la langue française au sein des instances internationales. Il ne s’agit pas davantage de chercher à concurrencer l’usage des principales langues européennes ni de s’attacher à transmettre la culture d’une génération à l’autre suivant un mode vertical. Il
s’agit même plus de se tourner uniquement vers le progrès, l’insolite, l’innovation, vers ce qui est d’avant-garde.

La culture se diffuse via les réseaux, les associations, les ONG, les start-ups, les jeux électroniques, bref sur des supports constamment renouvelés par les innovations numériques et ce dans une confusion difficile à réguler. A titre d’exemple, un Etat Américain sur deux, maintenant, n’enseigne plus l’écriture cursive. Ainsi, au cours d’une réunion récente en Afrique du Sud, Xavier DARCOS s’est retrouvé le seul à utiliser un stylo, tout le monde recourant à des tablettes. En même temps, la pratique du français est loin de disparaître : on évalue à 550 millions le nombre de francophones en 2030, les 3 / 5èmes d’entre eux se situant en Afrique. La question se pose de savoir comment mettre ces nouveaux outils au service de la langue et de la culture françaises.

En dépit des esprits chagrins qui se lamentent sur leur affaissement, force est de constater que la France reste une nation de culture, que beaucoup d’idées dans le monde passent au moyen du français et que notre culture reste un marqueur d’identité. Il n’est que de voir l’influence de nos penseurs (Barthes, Derrida et bien d’autres), de nos architectes, de nos juristes (la législation asiatique s’inspire bien davantage du droit romain que de la common law), de nos artistes (la majorité des dessinateurs de Pixar sont français).

Restent deux difficultés majeures.

La première concerne la légitimation de ce qui circule sur les réseaux. Comment s’assurer de la qualité des logiciels d’apprentissage de la langue ? Les protocoles et labellisations mis en place par la France y suffisent-ils ? La validation des diplômes français par l’Institut Français comme le fait le British Council ou l’Institut Goethe reste encore à un stade expérimental, alors que les banques de données universitaires (« Moocs ») ne cessent de se développer sur le net.

La seconde difficulté concerne la professionnalisation des formations diplômantes françaises dispensées à l’étranger. Connaissance des réseaux (y compris sociaux),
des outils numériques et labellisations ne suffisent pas à l’assurer. Il est essentiel d’y associer la collaboration des entreprises françaises ou connectées à la France qui opèrent à l’international pour favoriser l’insertion de ceux qui suivent ces formations. Qui dit entreprises évoque des activités très diverses : cinéma (la France est le second diffuseur de films dans le monde après les USA), livres, vidéos, métiers des bouche (notamment la boulangerie), peu importe pourvu que les acteurs soient connectés. La France doit installer ses modèles économiques dans sa langue sans se contenter de « déparler » l’anglais.

Parmi les autres problèmes, on peut citer l’existence d’habitudes ancrées au sein des différents organismes concernés par la diffusion linguistique et culturelle qu’il s’agisse d’organismes français ou européens. On se heurte aussi à la diversité des implantations permanentes dans certains pays. Elles restent également évènementielles dans bien des cas. Or, les échanges culturels sont des préalables aux échanges économiques. Ils permettent d’ouvrir des portes.

Du fait que la France n’est pas seule à rencontrer ces difficultés, des projets d’association comportant la mutualisation de ressources se dessinent entre, par exemple les Instituts français, l’Alliance Française, l’Institut Goethe et le British Council. Les politiques culturelles ne sont plus aujourd’hui strictement nationales - en dépit de la grande complexité que rencontre le montage d’un dossier européen.

En réponse aux nombreuses questions suscitées par son intervention, Xavier DARCOS a développé certains points :

- Les diverses chaînes d’information françaises attirent des dizaines de millions
d’auditeurs à travers le monde, malgré des fréquences parfois difficiles à attraper de l’étranger. Ce n’est pas parce qu’elles sont présentes dans des pays de langue arabe, par exemple, qu’il leur revient de diffuser en langue arabe à l’intérieur du périmètre national, car cela ne servirait pas notre intérêt.
On court le risque d’entretenir la confusion entre politique, religion et culture.

En matière de droit, de normes, il serait essentiel de pouvoir établir des centres
d’examen à l’étranger, comme le fait la profession comptable. Si des accords sont en cours avec certains pays, ils ne sont pas encore généralisés.

- Aucun canal de diffusion n’est à négliger. En Asie, par exemple, la France représente l’incarnation du bon goût avec ses industries du luxe, sa gastronomie, etc... D’une manière générale, elle incarne aussi « l’Esprit des Lumières », ce mode de réflexion fondé sur la raison, le sens du classement, la syntaxe, la démonstration logique etc... Là, elle se heurte à l’influence du numérique qui favorise la brièveté, la parataxe, la rapidité, l’immédiateté, le relativisme du fait de l’absence de conclusions.

Les dernières questions se sont adressées à l’orateur en tant que Président de la
Fondation SANOFI. Au cours de la récente COP 21, Femmes Débat Société s’est, en effet, intéressée conjointement avec d’autres Associations au thème Santé et Climat.

Les premières concernées par les dérèglements climatiques sont les femmes du fait de leur fréquente précarité et de leur investissement dans les professions soignantes. Xavier DARCOS en convient et indique que la Fondation SANOFI a investi 10 millions d’Euros en sélectionnant prioritairement les chantiers suivants :

- Le soin des maladies néo-natales et les cancers des enfants

- La lutte contre la mortalité infantile, avec notamment la formation de sages-femmes.

- Le soutien à des services d’urgence, en particulier ceux de Médecins du Monde,
avec des dons de médicaments.

- L’aide aux opérations montées localement et animées par les salariés employés sur place.

En conclusion, la Présidente de Femmes Débat Société, Catherine DUMAS adresse ses vifs remerciements à son invité Xavier DARCOS en soulignant les qualités d’humaniste et de politique, sans parler de l’intellectuel, que chacune a pu constater au cours de son intervention.

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Catherine DUMAS

Présidente FDS, Conseillère de Paris, Sénatrice de Paris

 

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