5 avril 2016 : FDS reçoit M. François Fillon, ancien Premier Ministre, Député de Paris

 

François fillon

 

 

En accueillant le député et ancien Premier ministre François FILLON dans le cadre de ses déjeuners mensuels, l’Association Femmes Débat Société poursuit le cycle de ses invitations réservées aux candidats à la prochaine élection primaire de la Droite et du Centre. 

 

 

A l’attention de son invité, la Présidente de Femmes Débat Société, Catherine DUMAS, rappelle brièvement les caractéristiques, les objectifs et les activités de l’Association : un réseau d’entraide et d’amitié entre des femmes de droite et du centre visant à la promotion des femmes dans les lieux de gouvernance. A la mi-septembre, se tiendra un Forum Franco-Tunisien dans le but de contribuer à la promotion féminine en Tunisie. Catherine DUMAS salue la présence Donia Kaouach qui se charge des liens entre l’Association et la Tunisie.

Un bref rappel du brillant parcours politique de François FILLON précède son intervention. Laure DARCOS souligne le fait qu’il est entré très jeune en politique en étant élu député de la Sarthe à 27 ans avant de débuter sa carrière ministérielle à 39 ans, puis d’être nommé Premier ministre en 2007 sous la présidence de Nicolas SARKOZY, poste qu’il a occupé sans discontinuer jusqu’en 2012 avant d’être élu Député de Paris.

D’entrée de jeu, François FILLON précise les raisons de sa candidature à la prochaine primaire de la droite.

Il se dit inquiet de la désastreuse situation de la France en particulier sur le plan financier,inquiétude qu’il manifeste déjà depuis plusieurs années. Les conséquences de cette situation ne se sont pas encore pleinement apparues car Banque Centrale Européenne fait fonctionner la planche à billets. L’Europe et en particulier la France n’ont rien fait pour s’adapter au danger. François FILLONcompare les mesures de la BCE à des injections d’héroïne dont les effets s’atténuent au fur et à mesure du temps. Il suffit d’une remontée des taux pour mettre en danger l’indépendance nationale.

Autre sujet d’inquiétude majeure : le chômage. 2 000 000 de jeunes en France, soit l’équivalent du nombre des naissances sur trois ans, sont actuellement déscolarisés, sans emploi ni formation. Cette situation affecte lourdement la compétitivité et la cohésion sociale du payset ce, dans un contexte européen préoccupant du fait de l’afflux des réfugiés, de la menace du Brexit, de l’immixtion des Etats-Unis dans notre économie et de rapports diplomatiques mal positionnés avec la Russie.

Autre motif de la candidature François FILLON : l’expérience acquise. Avoir dirigé le gouvernement au cours du précédent quinquennat lui donne un atout considérable. Depuis quatre ans, le candidat a fait le bilan de cette période et bâti son projet au fil de contacts aussi nombreux que variés : citoyens, élus, techniciens, experts, etc. Il a élaboré ses méthodes de mise en œuvre (méthodes dont on voit l’importance au moment où l’on constate les difficultés de la loi El Khomri). De l’enseignement du passé, de son expérience, François FILLON tire son les conclusions suivantes :

C’est dans un délai très court, de l’ordre de trois mois, que doit être adopté un nombre limité de projets (cinq ou six) et ce, pour changer l’état d’esprit des Français. Le mot d’ordre du changement est : « libérer le système économique » car il existe dans le pays une profonde aspiration à la liberté. Agriculteurs, médecins, professionnels du logement, familles, professeurs, chefs d’entreprises : tous ont besoin de liberté. A l’Etat de définir les grandes lignes tout en laissant faire les différents groupes sociaux à l’intérieur du cadre fixé.

Ces projets concerneront :

- La durée du travail : elle sera négociée au sein de l’entreprise. Le Code du Travail se limitera à des normes sociales fondamentales, donc, à une soixantaine de pages. Loin d’établir un contrat de travail unique, il faudra au contraire les multiplier en fonction des différents statuts ; entrepreneur individuel, contrats de mission, contrats temporaires, etc... C’est avec fierté que l’orateur rappelle que son gouvernement a créé le statut d’auto-entrepreneur.

- La réforme de la fiscalité : inutile de croire à la baisse des impôts que prônent les candidats, sauf à la baisse de l’impôt sur le capital. C’est, en effet, de cette baisse que dépend le redémarrage des investissements. Le capital sera soumis à une flat tax de 30% incluant la CSG. La France a tout fait pour décourager ses capitalistes et puisqu’il n’y en a plus chez elle, c’est vers le Qatar et les fonds de pension américains qu’elle se tourne en leur consentant les conditions avantageuses qu’elle refuse à ses nationaux.

- La réforme de l’indemnisation du chômage.

- L’établissement d’une grande filière professionnelle développant l’alternance et la formation des jeunes.

Comment François FILLON compte-t-il procéder ? Selon les méthodes suivantes :

- Grâce à la transparence du projet annoncé.

- Grâce à une équipe ministérielle restreinte (une dizaine de ministres) de type « commando » choisie en raison de sa compétence et non pas dans un souci d’image.

- Grâce à une rapidité d’exécution (dans les trois mois qui suivent les élections présidentielle et législative) qui ne laissera pas le temps à l’opposition de se cristalliser ni de démentir l’expression toute récente de la volonté populaire,

- Au moyen d’un référendum à la mi-septembre, référendum qui portera sur les trois questions suivantes :

1. L’égalité des régimes sociaux privés et publics,

2. La simplification de l’administration des collectivités locales,

3. La diminution du nombre des parlementaires.

Il n’existe pas d’autres solutions pour redresser le pays. La rigueur de ces mesures impose la poursuite d’un objectif clairement énoncé et partagé : le plein emploi. En effet, le chômage délite l’identité nationale, l’unité du pays et sa cohésion sociale.

Après son exposé, et en réponse aux nombreuses questions qui lui sont adressées, l’orateur a pu fournir les précisions suivantes :

Question : Vous souhaitez provoquer un choc dans l’opinion et la conduite de la politique françaises. Que pourrez-vous faire contre la rue si l’opposition s’y manifeste ?

Réponse : la société française est davantage disposée au changement qu’on ne le ditL’importance du vote en faveur de l’extrême-droite en est la preuve. A cette aspiration au changement s’ajoute le manque d’autorité du pouvoir lorsqu’il est hésitant et divisé. Nous-mêmes l’avons expérimenté en 2007 lorsque nous n’avons pas réussi à instaurer la TVA sociale sur laquelle l’UMP était incertaine et partagée. En tant que Premier Ministre, j’ai réussi à conduire des réformes difficiles telles que la privatisation de France Telecom qui employait 150 000 fonctionnaires opposants et syndiqués, ou bien la réforme des retraites qui a jeté dans la rue 4 000 000 de personnes. En France, on s’enflamme facilement pour des réformes parfois ridicules. Il existe, par contre, une impossibilité lorsqu’il s’agit de contrer les lycéens descendus dans la rue.

Il ne faut pas avoir peur d’affronter l’opposition. Mme Thatcher a redressé son pays en ayant le courage de dire : « Non ». Si demain, nous ne sortons pas vainqueurs, la décadence nous guette. 2017 est une date historique.

On peut parler avec les syndicats, mais ce n’est pas pour autant qu’ils ont à diriger le pays. Ils ne pourront pas mobiliser contre un projet politique qui vient d’être approuvé par le corps électoral.

Question : sur les atouts de la France et sa compétitivité.

Réponse : Mon intention est de faire de la France dans les dix années à venir la première puissance européenne. Elle en a les moyens grâce à sa démographie, à la productivité de ses travailleurs, à la qualité de ses équipements et services publics, au nombre de ses entreprises de taille mondiale, à la qualité de ses chercheurs, à celle de son agriculture. De plus, elle est le seul pays européen à disposer d’une armée opérationnelle. Il faut prendre conscience de ces atouts avant de vouloir améliorer nos faiblesses.

C’est en raison de l’ISF que nous n’avons pas suffisamment de grosses PME. A nous de professionnaliser les entreprises à même d’exporter. Nous ne le ferons qu’avec l’appui de professionnels et non pas d’employés du secteur public. La France peut emporter la compétition économique si l’Europe tient debout.

Question : Quelles sont vos positions en matière de sécurité intérieure, vis-à-vis du djihadisme, en ce qui concerne le Moyen-Orient, les Etats du Golfe et à l’égard de l’état d’urgence ?

Réponse : Nous sommes dans une crise mondiale car une nouvelle forme de totalitarisme, le totalitarisme islamique, est en train d’apparaître. Les sociétés humaines sécrètent périodiquement des totalitarismes, nous en avons connu deux au cours du XXème siècle. Qu’est-ce que le totalitarisme ? La volonté d’imposer par la force sa vision particulière d’une société. C’est ce qui est en train de se passer au Pakistan, en Afghanistan, au Yémen, en Irak, en Syrie, ou de menacer le Liban, le Jordanie, et de descendre dans les pays africains.

Il faut attaquer ce totalitarisme à la source car c’est notre ennemi, et pour ce faire, former une coalition entre tous les Etats (y compris la Russie) qui peuvent participer à cette lutte. Il faut parler avec les nations qui ne sont pas des constructions fragiles c’est-à-dire avec l’Egypte, la Turquie, l’Iran, Israël, et les placer devant leurs responsabilités. Or, la Turquie a laissé passer des djihadistes et a récemment abattu un avion russe. Les Etats-Unis, eux-mêmes, s’opposent à une alliance sincère Européano-Russe. Tant sur le plan diplomatique qu’économique, nos relations sont actuellement tendues avec eux.

Sur le territoire national, il faut ramener de cinq à deux le nombre de chaînes hiérarchiques actuelles de renseignement, améliorer l’équipement insuffisant de la police et de la gendarmerie et augmenter significativement leurs effectifs (depuis plusieurs années la variation de ces effectifs se limite à 1-2%). Par ailleurs, la justice doit se réorganiser. Le nombre de places de prison est inférieur de 30% au nombre de celles qui existent dans les autres pays européens. Enfin, nous avons besoin d’une Europe solidaire dans ce combat. Or, l’Allemagne est pratiquement absente au Sahel et n’a envoyé que des avions de reconnaissance sur le théâtre des opérations au Moyen-Orient.

En ce qui concerne l’état d’urgence, il ne peut pas être éternel par définition. Comme il ne peut guère durer plus de deux ans, il va falloir modifier les procédures pénales tout en respectant les libertés fondamentales. La civilisation européenne a été de loin la plus avancée en matière de respect de la personne et elle ne doit pas être sacrifiée.

Question : Au cours des années 95-96, l’Etat a été l’otage de lobbyistes mandatés par les grandes entreprises et la fonction publique s’est affaiblie.

Réponse : Ce qui doit dominer, ce sont les intérêts du pays. L’Etat n’est pas adapté à la compétition mondiale ; beaucoup de privatisations sont donc à conduire. L’équipe aux compétences professionnelles que j’ai l’intention de constituer sera ouverte sur l’extérieur. Les périodes de décadence, telle que celle que nous connaissons, sont propices au repli des diverses communautés sur elles-mêmes.

Le Parlement, lui-même, a besoin de se moderniser et, avec un nombre de membres réduit, échapper à l’atmosphère sarcastique qui y règne trop souvent.

La baisse des dépenses publiques ne s’opèrera pas par le choc de simplification. Il faut supprimer 500 000 postes de fonctionnaires au cours du quinquennat tant à l’échelle de l’Etat que dans les collectivités territoriales et dans le domaine de la santé. Le temps de travail effectif de la fonction publique est plus près de 32h que de 39h. Il ne s’agit donc pas de passer de 35 à 39h mais de 32 à 39h, l’augmentation du temps de travail permettant de compenser la baisse des effectifs. Par ailleurs, il est possible d’externaliser, de privatiser certains secteurs.

Question : Quelles sont vos positions en matière d’égalité salariale, de parité dans le gouvernement que vous voulez former comme dans les COMEX ?

Réponse : En 2007, mon gouvernement se composait de 15 ministres, soit huit hommes et sept femmes. Je limiterai le nombre de Secrétaires d’Etat car les Secrétariats d’Etat sans responsabilité effective donnent une image négative et contribuent à multiplier les lois. Dans les entreprises, on commence à constater une discrimination positive. En ce qui concerne les prochaines élections législatives, il est habituel de réserver à ceux qui se représentent les circonscriptions dont ils sortent. La parité exigerait alors de réserver un quota de 70% aux femmes dans les circonscriptions où les sortants ne se représentent pas.

En matière d’égalité salariale, je suis ouvert aux idées que vous pourrez me fournir.

Le candidat reprend de lui-même la parole pour expliciter ses positions européennes. Il constate que l’Europe se délite au moment même où l’on en aurait le plus besoin.

Pour résister au totalitarisme islamique, à l’entrisme américain, un nouveau projet européen est nécessaire et ce projet doit se concentrer sur les points suivants :

- La monnaie : l’Euro doit être indépendant du dollar, car le dollar a été l’instrument utilisé par les Etats-Unis pour s’immiscer dans les affaires européennes. Un petit noyau de pays européens doit harmoniser ses fiscalités et parvenir à un pilotage politique commun.

- Une politique européenne de l’énergie, faute de laquelle la hausse des prix de l’énergie pénalisera la compétitivité.

- Une politique commune en matière de frontières et d’immigration.

- Une politique commune de défense qui inclut la répartition des rôles entre les pays ?

- Une politique commune en matière de recherche et d’innovation dans le numérique.

Tout ce qui se trouve en dehors de ces secteurs doit être laissé à la discrétion des Etats. Pour impulser les projets européens ci-dessus décrits, il faut un pays capable de le faire et ce pays ne peut être ni la Grande-Bretagne incertaine de sa vocation européenne, ni l’Allemagne qui ne tient pas à se positionner en meneur et qui est trop attachée à la politique du compromis. La France, elle, peut être le moteur de ces projets.

La Présidente de l’Association, Catherine DUMAS, remercie son invité de façon très amicale tout en soulignant le souci de vérité qui l’anime, valeur qui lui est chère et qu’il a déjà illustrée dans son ouvrage : La France peut supporter la vérité.

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8 mars 2016 : FDS reçoit M. Hervé Mariton, Député de la Drôme

 

Hervé Mariton

 

 

En accueillant le député Hervé MARITON dans le cadre de ses déjeuners mensuels, l’Association Femmes Débat Société inaugure le cycle de ses invitations réservées aux candidats à la prochaine élection primaire de la Droite et du Centre. A la suite de M. MARITON, sont prévues la venue de François FILLON le 5 avril prochain et celle d’Alain JUPPE le 17 mai.

 

Françoise VILAIN rappelle que cette date du 8 mars est aussi celle de la Journée de la Femme. Par ailleurs, elle demande un moment de silence à la mémoire de Françoise MIQUEL, membre de l’Association récemment décédée, dont elle souligne les qualités d’intelligence, d’énergie et de courage qui ont été les siennes jusqu’au bout. L’accompagnement fidèle de Françoise MIQUEL par plusieurs des membres de l’Association a illustré les valeurs d’amitié qui unissent et auxquelles Femmes Débat Société attache une importance majeure.

Laure DARCOS présente ensuite Hervé MARITON sous une forme brève mais d’autant plus méritoire que sa biographie est particulièrement riche. Né en 1958 à Alger, ce qui est à la racine de son engagement politique, il est père de quatre enfants, Ingénieur en Chef du Corps des Mines, ancien élève de l’Ecole Polytechnique, lauréat de l’IEP de Paris, diplômé d’études approfondies de gestion de Paris IX Dauphine et lauréat du concours général de russe. Maire de Crest depuis 1995, Député de la Drôme de 1993 à 1997, il est réélu depuis 2002, porte-parole de l’opposition de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale et rapporteur spécial du budget « Prévention des risques, conduite et pilotage des politiques de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer ». Il est vice-président des groupes d’amitié France-Russie et France-Royaume Uni, membre de la délégation d’Outre-Mer de l’Assemblée. Conseiller Régional de 1986 à 2002, il a été vice-président du Conseil Régional de Rhône-Alpes entre 1994 et 1998 avant de devenir Ministre de l’Outre-Mer du gouvernement Villepin en 2007. Auteur de plusieurs rapports parlementaires, il a également écrit trois ouvrages : Transmettre pour construire, Editions Pygmalion, Le Bonheur regarde à droite, Editions du Cerf et récemment : Le Printemps des Libertés, Editions de l’Archipel, paru il y a quelques jours.

Avant d’afficher ses positions, Hervé MARITON évoque les racines de son engagement politique. De son origine algéroise, il tire la conviction que c’est à l’être humain qu’il incombe de construire le monde, l’histoire et la société. Comme l’indique le titre de son premier ouvrage : Transmettre pour construire, est essentiel pour lui. Il se montre en cela fidèle à St Thomas d’Aquin pour lequel il est plus important de transmettre que de contempler. Ce n’est pas pour autant que la politique peut tout résoudre : si elle le prétendait, elle susciterait des régimes totalitaires. Autorité et liberté doivent faire jeu égal.

Hervé MARITON dénonce l’hypocrisie et les tabous sur lesquels s’est construite la société française. Une fois énoncés les grands principes, la réalité est différente et fourmille d’aménagements et de dérogations. Ainsi en va-t-il des 35 heures, de la législation du travail, du régime des logements sociaux (on ne note aucune corrélation entre le nombre de logement et la mixité sociale mais une corrélation entre les bénéficiaires des logements sociaux et le vote en faveur de Hollande). Plutôt que de gaspiller l’argent public, mieux vaudraient des aides à la personne que des aides à la pierre. Autre exemple : on affirme que l’enseignement est gratuit alors que l’on sait le prix de l’accompagnement des élèves ou des inscriptions dans des écoles. Pourquoi ne pas consentir des prêts aux étudiants, prêts assortis d’une caution publique ainsi que d’une obligation de remboursement sur les premiers salaires comme cela se pratique en Australie ? Autre tabou : la progressivité de l’impôt. Au lieu de s’y attacher, mieux vaudrait adopter une flat tax tant sur les revenus mobiliers qu’immobiliers, flat tax de 2% jusqu’à 8 000 Euros par part imposable et de 15% au-dessus. Cela serait juste, simple et permettrait d’éviter les innombrables niches fiscales de la législation actuelle. Tout aussi hypocrite est l’attachement au droit du sol pour obtenir la nationalité française. Que signifie ce droit lorsqu’au bout de deux ou trois générations les bénéficiaires deviennent tous multinationaux du fait de leurs nombreux déplacements de leurs parents ? Mieux vaudrait choisir le droit du sang et donner aussi la nationalité à ceux qui veulent s’assimiler à la nation française. Hypocrisie aussi que de ne pas voir la mondialisation et la globalisation de notre environnement. Même chose en matière d’une décentralisation qui est proclamée alors que l’on retire les responsabilités dévolues au niveau du département, en matière aussi de stupéfiants : la législation existe sans être appliquée : 17 millions de Français et 50% des jeunes ont consommé au moins une fois les substances interdites.

Devant de tels constats, l’orateur souhaite que l’alternance réussisse à associer liberté et responsabilité des citoyens.

En réponse aux nombreuses questions posées, l’orateur a pu fournir les précisions suivantes :

· Question : les premiers mois qui suivent l’élection du Président de la République en mai sont les plus utiles. Quelles sont les mesures prioritaires qui pourraient être votées par l’Assemblée dès le mois de juillet ?

Réponse : ce calendrier s’est imposé à la suite du décès du Président Pompidou en avril. Le temps d’organiser la nouvelle assemblée, la période des vacances parlementaires, le vote du budget au mois d’octobre ont repoussé le vote des premières mesures du nouveau mandat présidentiel jusqu’en décembre. Pour éviter ce long délai, il importe de supprimer les vacances parlementaires des mois de juillet et août. Réticent à l’usage de l’article 49-3 comme à celui des ordonnances, Hervé MARITON se déclare convaincu de l’utilité des débats parlementaires, encore faut-il qu’ils aient lieu rapidement, car on ne peut faire le bonheur des peuples malgré eux. Les sujets prioritaires à ses yeux sont les suivants :

- La législation du travail qui, en son état actuel, doit être abrogée au profit d’un code simplifié voué à disparaître dès qu’auraient pris place des accords de branche ou mieux d’entreprises.

- Les économies budgétaires d’un montant de 100 milliards. Elles se répartiraient pour moitié en baisse d’impôts et pour l’autre moitié en baisse des déficits. Ces mesures sont indispensables à la restauration de la confiance et à celle de la souveraineté de la France.

· Question : Les jeunes se considèrent comme une génération sacrifiée et doutent du fait que leur vie devienne un jour meilleure que celle de leurs parents. Lucides et désillusionnés, ils ont envie d’aller voir ailleurs. Comment leur redonner confiance en leur pays et en un système éducatif qui se déclasse au niveau mondial ?

Réponse : En accordant autonomie et contractualisation aux établissements d’enseignement. Ce sont des sujets qui doivent se régler au niveau des élections locales dont les enjeux restent actuellement souvent loin des préoccupations immédiates des électeurs. Il faut annualiser le temps de travail des enseignants au lieu de le calculer, comme aujourd’hui, sur la semaine. Par ailleurs, les chefs d’établissements doivent avoir la liberté de recruter leurs enseignants. Il est essentiel aussi d’adresser aux jeunes un message d’optimisme et leur donner le sentiment qu’ils sont respectés. L’orateur se dit frappé du côté vulgaire et, de ce fait insultant, du langage qui est tenu aux jeunes ainsi qu’au grand public, ceci sous prétexte de se rapprocher d’eux.

· Question : En matière de lutte contre l’hypocrisie, est-il possible aujourd’hui de parler vrai aux Français ? Un tel langage est-il audible auprès d’eux ? Comment surmonter la défiance qu’inspirent les hommes et les femmes politiques, construire un pont avec eux et, ainsi, mettre un terme à l’hypocrisie que vous dénoncez ?

Réponse : Un langage de vérité s’est imposé sous Chirac en matière de sécurité routière et celle-ci s’est considérablement améliorée. Le gouvernement Raffarin a eu le courage en 2003 de proposer une réforme du régime des intermittents du spectacle dont le coût dépasse le milliard. Mais cette réforme a pâti de deux handicaps. D’abord, elle a été lancée au Printemps, date mal choisie qui compromettait la tenue des festivals de l’été. Ensuite, elle a été lancée sans avoir été suffisamment explicitée au préalable. Pour secouer une hypocrisie, il faut le faire complètement, sans restriction mentale et sans mépriser ses adversaires. Il faut aussi en choisir judicieusement le moment : le mois de novembre, par exemple, au lieu du Printemps pour tout ce qui concerne les jeunes.

A quoi tient la crédibilité aujourd’hui ? Aux résultats. Inutile de s’en prendre aux institutions de la République : elles fonctionnent.

· Question : le gouvernement manque de vision et de courage.

Réponse : Prenons l’exemple de la loi El Khomry : une logique de dérogations en maintenant les 35h. La majorité de demain a besoin de vision et d’audace. Les socialistes en ont manqué par exemple en ignorant le fait que trop d’impôt tue l’impôt. Il faut vouloir franchement ce que l’on veut : par exemple ne pas se limiter à supprimer les 35 h mais aller jusqu’à mettre en cause la durée légale du travail.

· Question : Comment envisagez-vous la construction européenne ?

Réponse : En respectant le principe de subsidiarité. L’Europe délègue du haut vers le bas au lieu de procéder du bas vers le haut. L’’Union Monétaire et Bancaire se fera nécessairement sur une base fédérale ou ne se fera pas, L’Europe ne peut pas servir de bouc émissaire car à quoi sert la critique des élites ? Le lien entre gouvernants et gouvernés ne peut se faire que sur la base d’un courage partagé : courage de dire la vérité du côté des élites et courage d’éviter des attentes utopiques du côté du peuple.

· Question : Que proposez-vous pour lutter contre le chômage ? Même question en matière de prélèvements à la source. Par ailleurs, comment pensez-vous éviter les manifestations de mécontentement dans la rue ?

Réponse : Sur ce dernier point, il semble essentiel de respecter les jeunes et, plus généralement, les attentes légitimes diverses. Ainsi, en 2007, les fonctionnaires attendaient beaucoup de l’arrivée de Sarkozy. Ils se sont sentis méprisés.

En matière de chômage, on sait que les emplois du futur se trouvent dans l’excellence technologique et dans les nouvelles technologies. Or, le niveau de l’enseignement mathématique en France ne cesse de décliner. On envisage aussi d’abandonner la filière nucléaire ...A la COP 21 les intérêts français ont été mal défendus et ont laissé place à beaucoup d’ambigüités : faut-il fermer les centrales carbone ou les centrales nucléaires ? En matière d’agriculture, on a fait assaut de démagogie. On doit, certes, améliorer la concurrence en faisant éclater certaines centrales d’achat trop concentrées, mais on ne peut pas faire la police des prix. Comment se fait-il qu’à niveau de prix équivalent avec la France l’agriculture des Pays Bas s’en sorte ? L’agriculture hollandaise a su investir et se moderniser alors que la France a entonné un refrain compassionnel. Il y a, aussi, place en France à une agriculture de spécialités.

· Question : Que pensez-vous de la place faite aux femmes en matière de politique et d’économie ?

Réponse : Le pouvoir se prend et il importe de ne pas confondre égalité et indifférenciation. Hommes et femmes se complètent et la réalité ne se perçoit qu’avec des éclairages différents. Il importe que les formations soient indistinctement ouvertes aux filles et aux garçons et en particulier l’enseignement scientifique. Ce qu’il faut reconnaître, c’est qu’en France l’encadrement supérieur ne tient pas compte des contraintes de la société. Il y a une culture (horaires de réunions par exemple) à modifier. La société doit respecter les rythmes familiaux.

Il est à craindre que le télétravail, souvent apprécié par les femmes, ne les tiennent à l’écart des lieux de réunion et de pouvoir.

En politique, il y a frustration des enfants qui souffrent de l’absence de leurs parents.

Ce que l’on peut dire, c’est que le principe de l’égalité hommes-femmes est acquis dans les esprits, mais que dans la réalité quotidienne la vie concrète d’une femme qui travaille doit être améliorée. Plutôt que l’ « égalité réelle » je parlerai de réalité de l’égalité.

La présidente de l’Association Femmes Débat Société remercie chaleureusement son invité en retenant deux des mots qu’il a très fréquemment utilisés dans son intervention : Bonheur et Prospérité. Elle souligne l’insistance avec laquelle Hervé MARITON veut lever les tabous et combattre l’hypocrisie. Elle souhaite enfin que la campagne présidentielle à venir s’intéresse aux femmes et invite vivement les membres de l’Association à voter dès la primaire.

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2 février 2016 : FDS reçoit M. Hakki AKIL, Ambassadeur de Turquie en France

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Dans le cadre de ses déjeuners mensuels, l’Association Femmes Débat Société a accueilli Son Excellence M. Hakki AKIL , Ambassadeur de Turquie en France, le mardi 2 février 2016.

 

 

En attendant son invité, la Présidente de l’Association, Catherine DUMAS a souhaité la bienvenue aux nouvelles recrues et sympathisantes de l’Association, en rappelant que celle-ci rassemble un réseau d’amies de sensibilité politique de droite et du centre. Elle précise que les prochains déjeuners de l’Association accueilleront Hervé MARITON le 8 mars et François FILLON le 5 avril.

C’est en ami que Christine DEMESSE a présenté l’Ambassadeur Hakki AKIL dont le cursus s’est à plusieurs reprises déroulé en France. Titulaire d’une licence d’Economie Appliquée de l’Université de Bordeaux, il est également diplômé de l’Ecole Nationale d’Administration à Paris. En 1979, il a rejoint le Ministère des Affaires Etrangères de son pays où il a travaillé au Département Juridique et puis à l’Ambassade de Turquie à Damas avant d’être nommé à Paris consul de 1983 à 1987. A l’issue de sa scolarité à l’ENA, il retourne au ministère des Affaires Etrangères puis revient à Paris en tant que premier conseiller. Après avoir été Représentant Permanent Adjoint à l’Organisation Mondiale du Commerce, puis eu des responsabilités en matière de politique énergétique, il est nommé ambassadeur au Turkménistan, puis aux Emirats Arabes Unis. Sous-Secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères, il est sherpa du G 20 pour la Turquie de 2006 à 2008. En 2011 il est nommé ambassadeur à Rome avant de représenter aujourd’hui la Turquie auprès de la France.

D’entrée de jeu, M. AKIL rappelle que la Turquie a accueilli 2 millions et demi de migrants majoritairement d’origine syrienne. La Turquie est un état de tradition laïque ,dans lequel l’Etat a la tutelle des religions. Il indique également qu’en Turquie les femmes ont obtenu le droit de vote et d’éligibilité au niveau local en 1930 et au niveau national en 1934. La Turquie attribue d’importance au rôle des femmes dans la société et à cette fin assume des responsabilités. Dans ce cadre, « Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique », dit Convention d’Istanbul, a été acceptée durant la présidence de la Turquie du Comité des Ministères du Conseil de l’Europe en 2011.

Les relations entre la Turquie et la France sont anciennes. C’est, en effet, en 1526 qu’a été passé pour la première fois un accord entre une puissance catholique et une puissance musulmane. La mère du roi François 1er, Louise de Savoie, avait, en effet, sollicité l’appui de Soliman le Magnifique pour contribuer à la libération de son fils retenu prisonnier par Charles Quint. Soucieux d’équilibrer la puissance la Maison d’Autriche en Europe, le sultan n’avait pas hésité à apporter son aide. Dans le cadre de cet accord, divers privilèges ont été accordés à la France par les Capitulations.

L’économie turque connaît une progression spectaculaire depuis 12 ans. Son PNB est passé de 134 milliards de dollars en 2002 à 840 milliards en 2014, ses exportations de 40 à 150 milliards et le pays ne connaît pas actuellement de déficit budgétaire. Sa croissance de 4% aujourd’hui devrait atteindre 5 à 6% dans les années à venir. L’état de ses accords avec l’Union Européenne est de nature à inspirer confiance aux entreprises étrangères. Leurs investissements en Turquie, à 87% en provenance des pays occidentaux, se montent à 130 milliards de dollars. Le pays, qui s’apprête à fêter le centenaire de sa Révolution, ambitionne de figurer parmi les dix premières économies mondiales.

Le volume global de l’aide humanitaire accordée par la Turquie la situe au 3ème rang mondial, mais au 1er par tête d’habitant, ce qui explique que le premier sommet humanitaire mondial se tienne en Turquie au mois de mai prochain. Le nombre de réfugiés accueillis dans le pays depuis 5 ans se monte à 2 500 000 personnes en provenance de Syrie et d’Irak. L’importance de cette affluence, difficile à imaginer, ne manque pas de nécessiter des efforts importants en matière de construction d’hôpitaux, de crèches, d’écoles, etc..., efforts qui représentent 1,4% du PIB turc. Un effort similaire en France coûterait 26 milliards d’Euros au budget de l’Etat. En dépit de cette affluence (une ville comme Kilis, qui compte 95 000 habitants, abrite 110 000 réfugiés), on ne note pas d’incidents jusqu’à maintenant. A l’avenir, des visas pour les Syriens en provenance de pays tiers (principalement Jordanie ou Liban) seront exigés.

En réponse à diverses questions d’ordre politique, l’Ambassadeur AKIL rappelle que la Turquie est membre de l’OTAN et qu’elle est d’autre part en négociation d’adhésion à l’Union Européenne. Face à la décision américaine de procéder à des frappes aériennes contre Daesh, la Turquie estime qu’il convient « d’assécher le marécage (autrement dit Damas et Bagdad) avant de tuer les moustiques ». Il faut, en effet, admettre qu’en Syrie, la présence du gouvernement d’Assad renforce Daesh et que c’est pour des raisons politiques que Daesh s’est développé aussi rapidement. Le manque d’une véritable stratégie dans le camp occidental a été à l’origine de la prolongation de la crise syrienne. Les derniers développements au nord de la Syrie et le nouvel afflux de refugies causés par le bombardement massif russe ont encore une fois prouvé à quel point la Turquie avait raison en proposant la création d’une zone de sécurité et d’exclusion aérienne. Nous n’avons malheureusement pas pu réussir à convaincre nos alliés dans ce projet, plus particulièrement les américains.

L’orateur souligne que la Turquie est, par ailleurs, accusée de combattre les Kurdes alors qu’elle vient d’en accueillir et d’en loger 196 000 en 36 heures quand Kobane a été attaqué par DAESCH. Quant à la position de la Russie, l’essentiel de ses frappes est dirigée à 90% contre l’opposition syrienne modérée et à 10% contre Daesh, ceci afin de soutenir Assad ou de favoriser la création d’un mini-état syrien.

L’ambassadeur rappelle que ce sont essentiellement les Iraniens qui mènent la guerre en Irak. Preuve en est, par exemple, la fuite de l’armée irakienne forte de 45.000 combattants lors de l’attaque de Mossoul par 2000 membres de l’E I. Les soldats irakiens se sont débandés pour ne pas défendre les Sunnites.

Contrairement à Daesh, Al Nosra ne compte pas de volontaires étrangers et noue ses alliances selon les circonstances.

Pour en revenir à la Turquie proprement dite, l’Ambassadeur AKIL considère que le Président ERDOGAN a été un visionnaire pour son pays et que son gouvernement est composé d’humanistes. Il faut lui imputer les réussites économiques ainsi que les réformes démocratiques qui ont été accomplies en vue d’une collaboration plus étroite avec l’Union Européenne, tout comme l’initiative d’un processus de paix avec le PKK. Alors qu’on lui reproche d’être un islamiste, c’est en réalité un apôtre de la laïcité, soucieux de maintenir l’Etat à équidistance de toutes les croyances. Il faut, cependant, rappeler que la laïcité, sous sa forme militante, peut servir de fer de lance à un coup d’état militaire. Aujourd’hui, si la Turquie vit sous des lois d’urgence, c’est en raison des nombreux attentats qui y ont été commis.

Plus généralement, on peut considérer que, depuis la chute de l’URSS, les questions religieuses sont devenues des valeurs politiques.

La Présidente de l’Association remercie vivement l’Ambassadeur AKIL pour la spontanéité de ses propos et l’ouverture dont il a fait preuve face aux nombreuses questions de l’assemblée.

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Catherine DUMAS

Présidente FDS, Conseillère de Paris, Sénatrice de Paris

 

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