7 novembre 2017 : FDS reçoit Dominique REYNIE, Direceur général de FONDAPOL

Après avoir accueilli , la Présidente de l’Association, Catherine DUMAS, récemment élue Sénatrice, présente brièvement à Dominique REYNIÉ, Femmes Débat Société qui réunit des femmes de Droite et du Centre occupant des postes de responsabilité dans les domaines de la politique, du social, de l’entreprise et de l’Administration.   

Dominique Reynié 2015 01

           Laure DARCOS, elle aussi récemment élue Sénatrice, présente Dominique REYNIÉ, Professeur des Universités à Sciences Po, Directeur Général de la Fondation pour l’Innovation Politique (FONDAPOL) et familier des médias. Il est, par ailleurs, l’auteur de plusieurs ouvrages : Le triomphe de l’opinion publique. O. Jacob 1998, Le Vertige Social-Nationaliste. La gauche du Non, La Table Ronde, 2005 ; Populisme, la pente fatale, Plon 2011 ; Les nouveaux populismes, Pluriel 2013, et tout récemment : Où va la démocratie ? Plon 2017. Chef de file des Républicains lors des dernières élections régionales en Languedoc-Roussillon, il a mené une campagne qui s’est avérée particulièrement dure. C’est de son expérience et de ses anticipations sur l’évolution de la démocratie qu’il vient faire part.            L’orateur se décrit comme d’abord intéressé, puis préoccupé par la politique car, s’il n’est pas pessimiste sur le long terme, il se dit inquiet sur le court terme. Nous nous avançons, d’après lui, en territoire inconnu, porteur de bouleversements dans les 10 années à venir, bouleversements qui concernent l’ensemble des pays européens. Son dernier ouvrage : Où va la démocratie ? se fonde en effet sur des observations et enquêtes menées en Europe.La démocratie telle que nous la connaissons aujourd’hui date de la fin du 19ème siècle. Elle est apparue avec son cortège de principes, d’institutions et de pratiques, tels que les notions de liberté, de respect des individus, les partis politiques et la formation de majorités. C’est à cette époque qu’a été instauré le suffrage universel, plus ou moins universel d’ailleurs, puisque fondé sur le seul suffrage masculin. Ce n’est qu’en 1944 que les femmes françaises ont été admises à voter, date très tardive par rapport à d’autres pays tels que la Nouvelle Zélande qui l’a adopté dès 1896, la Norvège en 1907, et presque toutes les autres démocraties en 1919.             La démocratie, qui est ce que l’on a fait de mieux en matière politique, n’est pas pour autant appelée à durer. Ceci alors que notre société a hissé un nombre de personnes à un niveau de connaissances l’un et l’autre exceptionnels. On peut en attendre une post-démocratie qui devient une hyper-démocratie.            On peut aussi assister à une déconstruction du modèle. Les jeunes ont, en effet, un rapport négatif aux principes démocratiques. La crise catalane vient de nous en fournir l’illustration : parce que la population de la Catalogne a été consultée, elle aurait droit à la sécession. Or, cette position est illégale, car contraire aux dispositions juridiques antérieures légalement approuvées. Parce que l’on a fait un scrutin, on aurait le droit de déroger aux règles communes ? C’est perdre de vue la nécessité évidente de l’attachement à des règles.            Un peu partout, la montée du populisme est spectaculaire : qu’il s’agisse du Brexit porteur de décisions majeures, ou du triomphe des populistes de la République Tchèque lors des dernières élections. Leur large victoire a disqualifié les socio-démocrates auxquels le pays devait une période de réussite économique. Pourquoi cette défaite ? A cause de l’accueil de migrants dont, en fin de compte, le nombre n’a pas dépassé 12. C’est le signe que la question de l’Islam va devenir surdéterminante et, en tous cas, très présente dans le futur.            En ce qui concerne la France, on peut considérer que l’élection de 2017 a été ratée, car elle est passée à côté des grands débats. Le pays s’est passionné pour des controverses, sans discuter de rien. La campagne a été dominée par les affaires alors que la droite devait gagner. Trois candidats : Emmanuel MACRON, François FILLON et Benoît HAMON n’étaient pas populistes. Les 8 autres n’ont rien dit d’intéressant : leurs propos ont négligé l’essentiel au profit du n’importe quoi. Or, ces 8 candidats ont obtenu 49% des votes, et même 55% si on leur ajoute les voix de Benoît HAMON. Au second tour, on peut comparer au 5 mai 2002 le 7 mai 2017. Lors de ce dernier vote, 57% des électeurs se sont abstenus, ont voté blanc ou nul, ou bien Front National. C’est dire que l’insurrection électorale est présente.            Si le Front National a perdu, ce n’est pas pour sauver la démocratie mais pour sauvegarder l’Euro. Ce n’est pas le Front Républicain qui a gagné, mais le Front Monétaire. Si 45% seulement des Français se disent attachés à l’Union Européenne, 58 % , par contre, se disent attachés à l’Euro. Ils ont vu dans le Front National une menace pour leurs économies. Dès lors, il suffit alors que le Front National modifie ses positions en matière monétaire ou que l’Euro disparaisse pour que se produisent des bouleversements considérables.            Alors que les démocrates gardent une approche rationnelle, les populistes ont pris le monopole de l’affect. Il reste une conclusion à tirer : attention à ne pas aimer la démocratie trop tard.Aux nombreuses questions qui lui sont ensuite posées, l’orateur apporte les réponses suivantes que l’on peut résumer ainsi :

  • Dans notre société la morale est de plus en plus prégnante, au point de tomber dans le moralisme. Or, le moralisme est un acide qui érode la confiance mutuelle. En témoignent, par exemple, les scandales soulevés par le Levothyrox ou les Paradise Papers. Or, ce n’est que dans les démocraties qu’apparaissent ces documents libérés, lâchés, autour desquels se font ou non des mobilisations corrosives de la confiance mutuelle. A noter qu’il n’en existe aucun exemple en Chine ou en Russie.
Cette corrosion de la confiance ouvre la voie aux contestations de la légitimité, à la mise en cause de l’expertise, au soupçon vis-à-vis de la parole qui dérange. Le système médiatique est en crise (cf. The Economist 4 – 10 Novembre 2017 : Social media’s threat to democracy) : on s’en prend à la personne en cherchant à la disqualifier en tant que personne.
  • Il faut se réjouir de l’apparition de représentants de la société civile au sein des Parlements. Apparition qui ne manque pas de susciter de fortes réactions corporatistes de la part de ceux qui sont ou étaient en place. L’expérience électorale de l’orateur en témoigne tout comme le fait qu’il a fallu une loi pour introduire la parité. La France souffre d’un système trop conservateur qui favorise les monopoles politiques.
  • La permanence du personnel politique aboutit à dissocier la société de ses représentants. Alors que la société a changé de culture, suite, par exemple, à la chute du Mur de Berlin en 1989 ; à l’apparition du Web en 1994 ou au renouvellement démographique français, la fonction politique est restée l’apanage des mêmes. La démocratie repose sur les institutions et la culture. Or, la culture démocratique s’effrite.
  • Les Primaires sont désastreuses et il est pourtant difficile d’imaginer autre chose en l’absence d’autorités naturelles au sein des partis.
  • Le vote à distance peut séduire, mais il se prête facilement au trafic des résultats.
  • Le harcèlement n’est plus considéré comme avant. La voie est ouverte à une transformation culturelle nécessaire.
Au terme de cet entretien, la Présidente Catherine DUMAS remercie très chaleureusement l’orateur dont les propos sont salués par de vifs applaudissements...

 

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Catherine DUMAS

Présidente FDS, Conseillère de Paris, Sénatrice de Paris

 

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