Les Membres ont la parole

Billet d'humeur de Pia Daix : La politique, des femmes et la sémantique

Nous ne pouvons que nous réjouir de voir un gouvernement comprenant sept ministres de plein exercice dont trois à des ministères régaliens, Mesdames Michèle Alliot-Marie, Rachida Dati et Christine Lagarde. En revanche nous ne pouvons être que consternées qu’aucune femme ne soit directeur de cabinet des quinze ministres choisis.

Seul le Président de la République et le Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté ont confié la direction de leur cabinet à des femmes ainsi que les Secrétaires d’état à l’Ecologie et aux Affaires étrangères et aux droits de l’homme. Si les femmes étaient plus nombreuses à occuper ces postes, elles éviteraient sans nul doute des références guerrières aux projets de réforme proposés par le gouvernement.

Pourquoi parler de « bouclier fiscal » et maintenant de « bouclier social » alors que l’un aurait pu être nommé « plafond fiscal » et l’autre « protection des plus faibles ». Faites appel aux femmes, Messieurs les politiques, qui, par leurs compétences et leur complémentarité participeront à une vraie rupture notamment dans la sémantique employée pour adoucir les mœurs en politique ! 

Pia Daix

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Nathalie de Baudry d’Asson - Ma priorité : Renforcer l’attractivité internationale des universités françaises

La situation récurrente d’enfermement et de faible mobilité de l’université française a été si souvent décrite que, comme le remarque Christine MUSSELIN dans La longue marche des universités françaises, on serait presque amené « à conclure que la crise est un état permanent, naturel de l’enseignement universitaire français ». 

Si le budget universitaire 2002 est en croissance (+2%), notamment en ce qui concerne les postes-clés de dotation au fonctionnement des universités et de recrutement d’enseignants, l’ouverture du système français à l’étranger, par là même les mesures concrètes visant à son rayonnement, son attractivité, sa compétitivité sont encore quasi inexistantes. 

La nouvelle donne de l’éducation est pourtant celle de sa mondialisation progressive, notamment par la motricité et l’enrichissement nouveaux qu’apportent les nouvelles technologies. Si l’Europe de l’éducation est, sans nul doute, une des grandes chances de progrès pour le système français, notre pays ne peut toutefois tout en attendre et doit promouvoir l’accès aux étudiants étrangers à nos universités comme il doit favoriser les échanges avec d’autres systèmes. Aujourd’hui quelque 150 000 étudiants étrangers (dont 50% environ proviennent d’Afrique et du Maghreb, 29% d’Europe, 14% d’Asie et seulement 7% des Etats-Unis) suivent un cursus universitaire en France, soit environ 10% des effectifs ; ils étaient 14% en 1985… Le lancement, en 1998, d’Edufrance fut un premier pas dans la promotion internationale de l’univers éducatif français, mais il reste néanmoins beaucoup à faire : multiplication des bourses, création d’une politique de chaîne d’accueil (facilités administratives, hébergement, suivi des étudiants…), standardisation internationale des diplômes, dotation d’équipements (Internet, etc.). 

Nathalie de Baudry d’Asson
Directrice de la rédaction
Revue des Deux Mondes

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Béatrice Bordes - Ma priorité : la révision des 35 heures en Agriculture

Alors que la France bascule dans les 35 heures, le temps de travail pour nous les agriculteurs, ne cesse d’augmenter. Je ne veux pas m’exprimer pour les grandes exploitations pour lesquelles la modulation du temps de travail peut se faire. 

Mais moi, qui suis viticultrice sur une petite exploitation de 1 hectare et demi dans le bordelais, je me demande comment je vais pouvoir imposer de telles mesures : Dame Nature n’est pas forcément sensible aux charmes de la RTT ! 

Posons nous la question : les conseillers de nos hommes politiques, qui nous balancent de telles formules, savent-ils comment pousse un pied de vigne, quelles sont les exigences et les caprices de la nature et du temps ?

La manière dont se déroule le processus de vie d’une plante, la vigne par exemple, n’a rien à voir avec celle rencontrée dans d’autres domaines économiques. 

La terre est exigeante et ne se laissera jamais domestiquer, heureusement devrions-nous reconnaître… 

Les métiers agricoles sont reconnus comme difficiles, astreignants, fatigants et pas toujours valorisants, mais j’aimerais insister sur le fait que ceux qui s’orientent vers l’Agriculture, qui travaillent en viticulture, le font désormais par choix car ils aiment avant tout leur métier. 

C’est une passion, une vocation.

Croyez moi ce n’est pas de l’esclavage mais un libre choix, même pour les ouvriers agricoles qui préfèrent cette qualité de vie au grand air. 

Comment avoir du personnel qualifié et motivé alors qu’il ne viendrait travailler, par intermittence, que 4 h dans la semaine pour compenser la différence des 35 aux 39h?

Comment lisser les temps de travail sur l’année, alors que la Nature n’est pas sensible aux charmes de la pointeuse ?

Aussi faudrait il repenser ce système qui pénalise ceux qui doivent et qui veulent travailler davantage, car, c’est vrai, il existe encore des gens qui veulent réussir leur vie, construire quelque chose, entreprendre : pour cela, comment peut on compter ses heures?

Restons souples et tolérants, permettons à ceux qui le désirent et qui en ont les moyens de ne travailler que 20h, 25h ou 30h même, mais soyons réalistes, le temps ne s’arrête pas après 35h de labeur dans nos métiers. 

Réfléchissez messieurs les politiques; mais faites-le vite, si vous ne voulez pas la mort de nos petites structures. 

Béatrice Bordes 
Viticultrice (33) 

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Marie-Laure Boulot - Ma priorité : Donner au sport sa pleine place dans la société

Le sport se trouve au cœur de problématiques qui traversent la société française telles que l’éducation, la santé , la violence ou l’aménagement des espaces. Mais trop souvent, le sport ne trouve pas toute sa place et reste abordé de manière marginale dans le traitement de ces problèmes.

Ainsi, la fonction éducatrice et formatrice des clubs, qui est essentielle, se fait encore trop sans lien véritable avec l’école. C’est pourtant une priorité. La question des rythmes scolaires est au cœur de cette réflexion. Le travail auprès des jeunes, par le biais de la formation ou de mise à disposition d’installations sportives, doit être la contrepartie de l’argent public reçu par les clubs. C’est un véritable dialogue qui doit s’instaurer entre le monde du sport et celui de l’école, qui trop souvent s’ignorent. Mais il ne faut pas pour autant réduire le sport à la jeunesse. La pratique est beaucoup plus large et chacun doit pouvoir trouver sa place dans le sport selon son rythme et ses envies.

De la même façon, le suivi médical n’est pas encore assez présent dans les différents types de pratiques sportives. Le dopage pose des questions très lourdes sur la possibilité de l’enrayer et de le contrôler efficacement. Des solutions sont possibles mais il faut faire preuve de courage pour mettre en œuvre une prévention efficace et pour adapter les calendriers des compétitions.

Mais il ne faut pas que le dopage empêche de voir les autres enjeux du sport aujourd’hui. La grande majorité des sportifs ne sont pas concernés par le dopage et l’on doit se préoccuper de leurs besoins.

Il faut aussi souligner que la violence reste trop présente autour de certains sports, notamment le football. Il faut agir avec détermination en jouant sur la prévention, sur l’information et sur la coopération sur le terrain entre les clubs et les forces de l’ordre.

Enfin, la relation entre le sport et la politique de la ville est trop souvent caricaturée ou limitée à des clichés. Il est vrai que souvent le sport a servi de prétexte à des actions mal définies dans des quartiers difficiles. Pour qu’il soit un véritable outil d’intégration, il convient de lui donner des moyens, du personnel d’encadrement formé et diplômé et d’en faire un véritable axe des politiques urbaines. Ainsi, le sport doit prendre une dimension à part entière dans les contrats de ville. Mais plus largement, le sport doit jouer un rôle majeur dans l’aménagement du territoire et notamment dans le monde rural qui doit disposer d’infrastructures de proximité. Cela passe notamment par des conventions d’objectifs entre les clubs et les collectivités locales, dont le rôle majeur n’est pas reconnu par les lois de décentralisation, ce qui conduit à de fortes inégalités en fonction de la personnalité du maire et de son goût pour le sport.

Marie-Laure Boulot
Chef d’entreprise-Présidente
d’association sportive (69)

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Agathe Cahierre - Ma priorité : Retisser le lien social

On constate partout une dégradation du tissu social : les mécanismes traditionnels de sociabilité se sont affaiblis et la crise sociale a mis à jour une crise des valeurs et des repères qui sont les fondements mêmes du « vouloir vivre ensemble ».

Ainsi la famille, au sens où elle fut entendue des siècles durant, n’est plus considérée par certains comme le socle de notre société : aux ruptures de couples s’ajoutent les ruptures familiales entre générations.

Les enfants se retrouvent privés des repères élémentaires qui conditionnent la structuration de la personnalité et donc la capacité à vivre en société. C’est pourtant bien la famille qui doit demeurer le lien privilégié de la transmission des valeurs et de l’apprentissage de la vie sociale.

L’isolement est renforcé par la perte des solidarités naturelles de voisinage, soit qu’elles aient carrément disparu faute de voisin, soit qu’elles n’aient jamais pu s’enraciner dans les nouveaux centres urbains.

On assiste aussi à la perte des valeurs d’assistance de solidarité de proximité, de responsabilité à l’égard d’autrui et bien souvent l’isolement, assumé au nom de l’individualisme, est devenu enfermement.

Cette rupture du lien social touche particulièrement les jeunes qui ne peuvent s’insérer dans aucun processus traditionnel d’intégration sociale et vivent dans la précarité économique, familiale et psychologique.

L’expression la plus visible de ce «malaise social» des jeunes est la montée de la violence et des incivilités qui provoque un climat d’insécurité peu propice à la reconstruction d’un quelconque lien social : chacun adoptant une position défensive caractérisée par le repli, la méfiance, l’agressivité.

Comment le politique peut-il reconstituer le lien social ?

L’action publique est contrainte de s’adapter à ces profondes mutations sous peine d’être désavouée ou pire ignorée.

C’est pourquoi l’Etat doit s’engager dans une politique forte visant à restaurer le lien social et être porteur d’une vision.

- Une nouvelle politique familiale devra en premier lieu conforter le lien parents/enfants et la responsabilité parentale dans le cadre d’un droit de la famille rénové. La famille d’aujourd’hui prépare la France de demain.

Sans doute faut-il mettre en place des lieux d’aides et de formation pour les parents, inquiets ou désemparés face à l’éducation de leurs enfants.

L’ordonnance de 1945 sur les enfants délinquants devra être revue pour responsabiliser le mineur et sa famille et la présence des parents pourrait être obligatoire lors de toute convocation d’un adolescent devant les services de police, la justice ou les autorités municipales. La convention européenne sur l’exercice des droits de l’enfant de 1995 parle des « détenteurs des responsabilités parentales », notion qui paraît beaucoup plus parlante et plus proche de la réalité dans le contexte social actuel.

- Les solidarités de proximité, essentielles pour créer le lien social, doivent être activées.

En ce domaine, le tissu associatif est déterminant pour constituer le maillage de solidarités, de démocratie locale, de développement de la citoyenneté nécessaire à toute cohésion sociale.

Les maires sont en première ligne pour faire vivre cette démocratie participative que doit encourager l’Etat au plus haut niveau.

Agathe Cahierre

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