17 mai 2016 : FDS reçoit Alain JUPPE, ancien Premier Ministre

alain juppé

 

Le mardi 17 mai 2016, l’Association Femmes-Débat-Société a accueilli Alain JUPPE, candidat à la Primaire de la droite et du centre, comme elle l’avait déjà fait en recevant Hervé MARITON au mois de mars et François FILLON au mois d’avril.

 

 

Pour autant que nécessaire, tant il est connu, on peut évoquer les principales étapes du parcours politique d’Alain JUPPE : Normalien, Inspecteur des Finances, il rejoint l’équipe de Jacques CHIRAC, devient Adjoint au Maire de Paris, puis Maire de Bordeaux de 1995 à 2004 avant d’y être réélu depuis 2006. Plusieurs fois ministre entre 1986 et 2012, il a été Premier Ministre de 1995 à 1997. Secrétaire Général du RPR de 1988 à 1994, il en est Président de 1994 à 1997 puis de l’UMP en 2002.

En l’accueillant, Catherine DUMAS, Présidente de l’Association Femmes-Débat-Société, remercie aussi de leur présence l’épouse de l’invité : Isabelle JUPPE ainsi que Pierre-Yves BOURNAZEL, Conseiller Régional et Conseiller de Paris. Elle rappelle brièvement les activités de l’Association, qui réunit des responsables femmes de conviction droite et centre dans un esprit de solidarité amicale avec l’objectif de promouvoir la place des femmes dans les sphères tant publiques que privées. Elle souligne les travaux récemment effectués par FDS : Forum Ethique et Politique au Sénat, participation à la COP 21, ainsi que les projets d’avenir concernant la participation au Forum des femmes tunisiennes en septembre prochain, avant que l’Association ne les accueille à son tour à Paris courant 2017.

Françoise VILAIN , Présidente d’Honneur de l’Association, souligne la formidable image que s’est acquise Alain JUPPE à l’étranger ainsi que la métamorphose de Bordeaux depuis qu’il en est le Maire. Elle rappelle qu’Alain JUPPE a présenté divers aspects de son programme dans trois ouvrages qu’il vient d’écrire :

- Mes chemins pour l’école

- Pour un Etat fort

- 5 ans pour l’emploi (paru le 11 mai dernier).

L’orateur commence par féliciter F D S pour son engagement. Le soutien apporté aux femmes tunisiennes lui semble d’autant plus pertinent que la Tunisie a des chances de réussir sa transition démocratique. Il affirme par ailleurs que l’égalité entre hommes et femmes est pour lui un principe intangible. Pour divers qu’ils soient, les Français doivent partager un bien commun fait de valeurs républicaines, d’héritage chrétien, de culture, etc ...Si l’égalité hommes-femmes a progressé, grâce, entre autres, à la parité, elle n’est pas encore réalisée à l’Assemblée ni au Sénat.

Alain Juppé ne partage pas l’optimisme de l’actuel Président de la République lorsqu’il affirme que « La France va mieux ». Malgré un frémissement, le chômage reste un fléau pour 24% des jeunes et 5 600 000 personnes. Le pays se désindustrialise, son commerce extérieur est déficitaire, malaise et crise politique se répandent. Tout cela alors que la France a tous les atouts pour réussir : elle reste la 6ème puissance économique mondiale, avec une démographie satisfaisante, des infrastructures solides, une armée efficace, un siège au Conseil de Sécurité. Son principal atout est sa jeunesse animée d’un esprit d’entreprise. Il suffit de libérer ces potentialités.

Quelles mesures prendre en mai 2017 ? Nous ne sommes qu’en mai 2016 et les données de mai 2017 ne sont pas encore connues. On peut, néanmoins établir des priorités et les siennes sont les suivantes :

1. le chômage. Son objectif est le plein emploi. Tout en sachant que dans tout pays, il existe un chômage résiduel de l’ordre de 5 à 6%, le nôtre est très supérieur et il nous faut changer de logique. Le partage du travail ne marche pas, les emplois aidés non plus. Il faut aider les entreprises françaises, toutes les entreprises car ce sont elles qui créent les emplois. Il faut revenir sur les charges, la fiscalité, le Code du Travail, la visibilité fiscale. Il u a eu, en effet, une instabilité fiscale qui fait obstacle aux engagements. Il propose, donc, une loi fiscale quinquennale. Autre mesure importante : la formation. Aujourd’hui, les entreprises ne trouvent pas les candidats dont elles ont besoin et les candidats ne trouvent pas les emplois qui leur conviennent. Il nous faut aussi développer la motivation au travail en limitant les minima sociaux à un niveau inférieur aux revenus du travail.

2. La sécurité (cf. son ouvrage : Pour un Etat fort). Il nous faut lutter contre le terrorisme et, pour ce faire, progresser en matière de renseignement, lutter contre la criminalité et la délinquance et changer de politique pénale, largement inspirée aujourd’hui par le manque de place dans les prisons.

3. La cohésion nationale : (cf. l’ouvrage de Denis TILLINAC : L’âme Française). Pour instaurer une identité heureuse, il faut revoir l’éducation, la laïcité, autrement dit respecter la liberté de religion afin qu’aucune religion ne puisse imposer sa propre vision à la République.

4. Développer un esprit offensif face à la transformation numérique. Il nous faut un nouveau mode de développement compatible avec la COP 21.

5. Faire campagne pour l’Europe dont la construction est à relancer.

Pour réaliser ces priorités, il faut agir vite grâce à une batterie d’ordonnances.

A la suite de cet exposé, Alain JUPPE a fourni les précisions suivantes aux questions de l’assemblée :

Q : En matière d’emploi et de croissance, quels sont les freins à faire sauter ? On pense en particulier au Code du Travail qui est actuellement illisible.

R : En tant que Président de Bordeaux Métropole, j’ai accordé la priorité à la compétitivité. Aujourd’hui, les charges alourdissent le coût du travail. Au cours d’une récente visite au chantier naval de Bénéteau, entreprise qui emploie 7 000 salariés, dont 4 000 en France, j’ai constaté que les chantiers navals de Gdansk produisaient à un coût quatre fois inférieur à celui de l’entreprise française. Le CICE a, certes, donné de l’oxygène aus entreprises en France, mais cette bouffée n’est pas pérenne. Je veux que baissent les charges sur les emplois non qualifiés en les supprimant sur le SMIC et en les rendant dégressives jusqu’aux salaires équivalents à 1, 8 SMIC ; Les cotisations famille seront remplacées par un point supplémentaire de TVA.

Le second verrou à faire sauter concerne le Code du Travail. Il faut sécuriser le CDI et remplacer par une rupture conventionnelle le pouvoir de décision aujourd’hui accordé au juge en matière de motif sérieux et réel de licenciement. A ces mesures s’ajoutent la suppression des effets de seuil, l’établissement du dialogue social dans l’entreprise, la liberté de négociation sur accord conclu en son sein, l’incitation à supprimer les 35 h. L’augmentation des horaires de travail s’accompagnera d’une augmentation des salaires et la restauration des heures supplémentaires d’une défiscalisation.

Le chef d’entreprise se verra accorder la possibilité de déclencher un référendum au sein de l’entreprise, référendum dont les résultats auront force obligatoire.

Le taux d’impôt sur les sociétés devra se rapprocher de celui de nos voisins européens et passer de 38% à 30% et même à 28% pour les PME. Ce même impôt ne dépasse pas 22% chez nos voisins.

Est aussi à revoir la fiscalité des revenus du capital. En France aujourd’hui sur un dividende de 100 ne reste que 36 Euros avant ISF. Comment s’étonner de la fuite des investissements ? Il faut, donc, abroger l’ISF en dépit du fait que 60% des Français soient opposés à cette abrogation.

En ce qui concerne la formation, il faut développer l’apprentissage qu’évitent les familles en raison d’un verrou culturel. Il faut réhabiliter l’apprentissage au sein des collèges dès la classe de 5ème, rapprocher les filières professionnelles des métiers et développer l’alternance.

Q : Une partie de la jeunesse sort prématurément du système éducatif dont il faut faire évaporer les effectifs. Comment éviter cette instrumentalisation des enfants ?

R : Le terme de jeunesse couvre des réalités diverses : certains travaillent, certains restent des paumés. Certaines choses marchent bien dans l’Education Nationale, comme le prouve l’estime dont jouit le Baccalauréat français aux Etats-Unis et au Canada.

En matière d’éducation, les disparités apparaissent tôt. Certains enfants ont dès l’âge de 3 ans trois fois plus de vocabulaire que d’autres. Pour rétablir les chances de chacun, il convient de recruter au sein de l’école des animateurs linguistiques, de diminuer les effectifs des classes, de mieux payer les enseignants, de procéder tous les six mois à une évaluation des niveaux, de transférer une partie des crédits alloués à l’enseignement secondaire au profit de l’enseignement primaire, de renforcer l’autonomie du chef d’établissement assisté d’un conseil d’établissement composé de membres élus par les professeurs, de garder le collège unique tout en personnalisant les parcours des élèves, d’améliorer la formation des enseignants, de renforcer la présence des enseignants dans l’établissement et d’accueillir les élèves en cours de décrochage.

A l’enseignement incombe la transmission des valeurs, la nécessité d’exigences renforcées contre la radicalisation, la lutte contre le révisionnisme comme le négationnisme, la lutte contre les réseaux radicaux.

Il convient aussi de développer la police et le renseignement pénitentiaires, d’interdire les prêches dans une autre langue que le français, de ne pas amalgamer islam et salafisme.

Q : En matière de sécurité, comment améliorer le renseignement ? Par ailleurs, l’état d’urgence menace-t-il les libertés individuelles ? Enfin, quelle diplomatie adopter vis-à-vis des pays du Golfe ?

R : L’état d’urgence est encadré par la loi. Il peut être prorogé en raison de l’Euro 2016.

En ce qui concerne le renseignement, les lois ont fixé un cadre, mais tout ne relève pas de la loi. La présence de forces de sécurité sur le terrain suppose un renforcement des effectifs. Or, recruter de nouveaux policiers et gendarmes et les former prend 18 mois. On pourrait, par contre, mieux répartir les tâches, en confiant au personnel administratif le temps que passent les forces de terrain sur ordinateur. Par ailleurs, la gendarmerie doit être partie intégrante renseignement. Enfin une coordination s’impose entre les différents services tant au plan national qu’européen.

La société française d’aujourd’hui est diverse et les immigrés gardent des liens avec leur origine. C’est le communautarisme, qui n’est rien d’autre que le refus de l’autre et repliement sur soi, qu’il faut combattre.

Q : L’Europe sert actuellement de bouc émissaire. Comment donner envie d’Europe ?

R : Le monde actuel est turbulent et dangereux. Or, avec l’Europe nous sommes plus forts ensemble que séparés. Néanmoins, l’Europe, aujourd’hui, ne fonctionne pas bien. Ajoutons que nous mettons sur le dos de l’Europe des lourdeurs provenant de notre propre administration.

Le nécessaire renforcement de la zone Euro implique une harmonisation sociale et fiscale entre ses membres.

L’Europe est porteuse d’un projet politique, porteuse de valeurs communes : égalité hommes-femmes, respect de la personne humaine... Ces valeurs sont à communiquer aux jeunes.

Il faut enfin accroître le budget de défense européen, faire un livre blanc européen qui définisse des normes avec les quelques pays qui sont d’accord sur ce sujet.

En ce qui concerne le rôle de la France au sein des institutions européennes, nous avons perdu des postes-clés. Parmi les 74 députés français au Parlement Européen, 25 appartiennent au Front National. Nous ne sommes pas à égalité avec l’Allemagne.

Enfin, il est évident que le Brexit affaiblirait l’Europe.

Q : Le tiers des Français perdent confiance dans leurs hommes politiques, ce qui favorise les extrémismes. Comment réconcilier nos concitoyens avec les politiques ? Comment aussi améliorer la représentation des femmes à l’Assemblée Natinoale, dans les COMEX et dans les instances dirigeantes ?

R : L’anti-parlementarisme n’est pas un phénomène nouveau en France. Voici quelques moyens pour y remédier :

1. Les politiques doivent dire la vérité et se garder de faire des promesses qui ne pourront pas se réaliser. Personnellement, je préfère être battu en disant la vérité qu’être élu en mentant.

2. Le travail des politiques doit se fonder sur la proximité et sur l’action.

3. Les gens ne veulent plus être dirigés d’en-haut. On est maintenant dans la co-construction. C’est ce qui explique le succès des Primaires. Enfin, Internet permet aux citoyens et aux élus de se rencontrer et de former des « think tanks » dans le domaine du digital.

Personnellement, je n’ai jamais eu de problèmes avec la parité. L’épisode des « Jupettes » provenait de la nécessité de recomposer le gouvernement de l’époque pour faire place aux balladuriens. 8 femmes, mais pas seulement des femmes, des hommes aussi, ont ainsi été renvoyés. A Bordeaux, d’importantes responsabilités sont confiées à des femmes.

Par ailleurs, je suis tout à fait en faveur de l’égalité salariale comme de l’égalité dans les Conseils d’Administration et COMEX. En la matière, il ne faut faire preuve ni de patience ni d’impatience. Par contre, il faut que les compétences existent.

En conclusion, la Présidente Catherine DUMAS remercie chaleureusement l’orateur et souligne les mots d’espoir qu’il prononce souvent : bonheur, identité heureuse, égalité femmes-homme. Elle affirme que l’Association travaillera avec le gagnant des primaires et rappelle que le prochain invité au déjeuner du 7 juin prochain sera Jean-Christophe LAGARDE.

En se retirant, Alain JUPPE formule les vœux suivants : « Faisons-nous confiance et ayons confiance dans l’avenir de la France ».

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5 avril 2016 : FDS reçoit M. François Fillon, ancien Premier Ministre, Député de Paris

 

François fillon

 

 

En accueillant le député et ancien Premier ministre François FILLON dans le cadre de ses déjeuners mensuels, l’Association Femmes Débat Société poursuit le cycle de ses invitations réservées aux candidats à la prochaine élection primaire de la Droite et du Centre. 

 

 

A l’attention de son invité, la Présidente de Femmes Débat Société, Catherine DUMAS, rappelle brièvement les caractéristiques, les objectifs et les activités de l’Association : un réseau d’entraide et d’amitié entre des femmes de droite et du centre visant à la promotion des femmes dans les lieux de gouvernance. A la mi-septembre, se tiendra un Forum Franco-Tunisien dans le but de contribuer à la promotion féminine en Tunisie. Catherine DUMAS salue la présence Donia Kaouach qui se charge des liens entre l’Association et la Tunisie.

Un bref rappel du brillant parcours politique de François FILLON précède son intervention. Laure DARCOS souligne le fait qu’il est entré très jeune en politique en étant élu député de la Sarthe à 27 ans avant de débuter sa carrière ministérielle à 39 ans, puis d’être nommé Premier ministre en 2007 sous la présidence de Nicolas SARKOZY, poste qu’il a occupé sans discontinuer jusqu’en 2012 avant d’être élu Député de Paris.

D’entrée de jeu, François FILLON précise les raisons de sa candidature à la prochaine primaire de la droite.

Il se dit inquiet de la désastreuse situation de la France en particulier sur le plan financier,inquiétude qu’il manifeste déjà depuis plusieurs années. Les conséquences de cette situation ne se sont pas encore pleinement apparues car Banque Centrale Européenne fait fonctionner la planche à billets. L’Europe et en particulier la France n’ont rien fait pour s’adapter au danger. François FILLONcompare les mesures de la BCE à des injections d’héroïne dont les effets s’atténuent au fur et à mesure du temps. Il suffit d’une remontée des taux pour mettre en danger l’indépendance nationale.

Autre sujet d’inquiétude majeure : le chômage. 2 000 000 de jeunes en France, soit l’équivalent du nombre des naissances sur trois ans, sont actuellement déscolarisés, sans emploi ni formation. Cette situation affecte lourdement la compétitivité et la cohésion sociale du payset ce, dans un contexte européen préoccupant du fait de l’afflux des réfugiés, de la menace du Brexit, de l’immixtion des Etats-Unis dans notre économie et de rapports diplomatiques mal positionnés avec la Russie.

Autre motif de la candidature François FILLON : l’expérience acquise. Avoir dirigé le gouvernement au cours du précédent quinquennat lui donne un atout considérable. Depuis quatre ans, le candidat a fait le bilan de cette période et bâti son projet au fil de contacts aussi nombreux que variés : citoyens, élus, techniciens, experts, etc. Il a élaboré ses méthodes de mise en œuvre (méthodes dont on voit l’importance au moment où l’on constate les difficultés de la loi El Khomri). De l’enseignement du passé, de son expérience, François FILLON tire son les conclusions suivantes :

C’est dans un délai très court, de l’ordre de trois mois, que doit être adopté un nombre limité de projets (cinq ou six) et ce, pour changer l’état d’esprit des Français. Le mot d’ordre du changement est : « libérer le système économique » car il existe dans le pays une profonde aspiration à la liberté. Agriculteurs, médecins, professionnels du logement, familles, professeurs, chefs d’entreprises : tous ont besoin de liberté. A l’Etat de définir les grandes lignes tout en laissant faire les différents groupes sociaux à l’intérieur du cadre fixé.

Ces projets concerneront :

- La durée du travail : elle sera négociée au sein de l’entreprise. Le Code du Travail se limitera à des normes sociales fondamentales, donc, à une soixantaine de pages. Loin d’établir un contrat de travail unique, il faudra au contraire les multiplier en fonction des différents statuts ; entrepreneur individuel, contrats de mission, contrats temporaires, etc... C’est avec fierté que l’orateur rappelle que son gouvernement a créé le statut d’auto-entrepreneur.

- La réforme de la fiscalité : inutile de croire à la baisse des impôts que prônent les candidats, sauf à la baisse de l’impôt sur le capital. C’est, en effet, de cette baisse que dépend le redémarrage des investissements. Le capital sera soumis à une flat tax de 30% incluant la CSG. La France a tout fait pour décourager ses capitalistes et puisqu’il n’y en a plus chez elle, c’est vers le Qatar et les fonds de pension américains qu’elle se tourne en leur consentant les conditions avantageuses qu’elle refuse à ses nationaux.

- La réforme de l’indemnisation du chômage.

- L’établissement d’une grande filière professionnelle développant l’alternance et la formation des jeunes.

Comment François FILLON compte-t-il procéder ? Selon les méthodes suivantes :

- Grâce à la transparence du projet annoncé.

- Grâce à une équipe ministérielle restreinte (une dizaine de ministres) de type « commando » choisie en raison de sa compétence et non pas dans un souci d’image.

- Grâce à une rapidité d’exécution (dans les trois mois qui suivent les élections présidentielle et législative) qui ne laissera pas le temps à l’opposition de se cristalliser ni de démentir l’expression toute récente de la volonté populaire,

- Au moyen d’un référendum à la mi-septembre, référendum qui portera sur les trois questions suivantes :

1. L’égalité des régimes sociaux privés et publics,

2. La simplification de l’administration des collectivités locales,

3. La diminution du nombre des parlementaires.

Il n’existe pas d’autres solutions pour redresser le pays. La rigueur de ces mesures impose la poursuite d’un objectif clairement énoncé et partagé : le plein emploi. En effet, le chômage délite l’identité nationale, l’unité du pays et sa cohésion sociale.

Après son exposé, et en réponse aux nombreuses questions qui lui sont adressées, l’orateur a pu fournir les précisions suivantes :

Question : Vous souhaitez provoquer un choc dans l’opinion et la conduite de la politique françaises. Que pourrez-vous faire contre la rue si l’opposition s’y manifeste ?

Réponse : la société française est davantage disposée au changement qu’on ne le ditL’importance du vote en faveur de l’extrême-droite en est la preuve. A cette aspiration au changement s’ajoute le manque d’autorité du pouvoir lorsqu’il est hésitant et divisé. Nous-mêmes l’avons expérimenté en 2007 lorsque nous n’avons pas réussi à instaurer la TVA sociale sur laquelle l’UMP était incertaine et partagée. En tant que Premier Ministre, j’ai réussi à conduire des réformes difficiles telles que la privatisation de France Telecom qui employait 150 000 fonctionnaires opposants et syndiqués, ou bien la réforme des retraites qui a jeté dans la rue 4 000 000 de personnes. En France, on s’enflamme facilement pour des réformes parfois ridicules. Il existe, par contre, une impossibilité lorsqu’il s’agit de contrer les lycéens descendus dans la rue.

Il ne faut pas avoir peur d’affronter l’opposition. Mme Thatcher a redressé son pays en ayant le courage de dire : « Non ». Si demain, nous ne sortons pas vainqueurs, la décadence nous guette. 2017 est une date historique.

On peut parler avec les syndicats, mais ce n’est pas pour autant qu’ils ont à diriger le pays. Ils ne pourront pas mobiliser contre un projet politique qui vient d’être approuvé par le corps électoral.

Question : sur les atouts de la France et sa compétitivité.

Réponse : Mon intention est de faire de la France dans les dix années à venir la première puissance européenne. Elle en a les moyens grâce à sa démographie, à la productivité de ses travailleurs, à la qualité de ses équipements et services publics, au nombre de ses entreprises de taille mondiale, à la qualité de ses chercheurs, à celle de son agriculture. De plus, elle est le seul pays européen à disposer d’une armée opérationnelle. Il faut prendre conscience de ces atouts avant de vouloir améliorer nos faiblesses.

C’est en raison de l’ISF que nous n’avons pas suffisamment de grosses PME. A nous de professionnaliser les entreprises à même d’exporter. Nous ne le ferons qu’avec l’appui de professionnels et non pas d’employés du secteur public. La France peut emporter la compétition économique si l’Europe tient debout.

Question : Quelles sont vos positions en matière de sécurité intérieure, vis-à-vis du djihadisme, en ce qui concerne le Moyen-Orient, les Etats du Golfe et à l’égard de l’état d’urgence ?

Réponse : Nous sommes dans une crise mondiale car une nouvelle forme de totalitarisme, le totalitarisme islamique, est en train d’apparaître. Les sociétés humaines sécrètent périodiquement des totalitarismes, nous en avons connu deux au cours du XXème siècle. Qu’est-ce que le totalitarisme ? La volonté d’imposer par la force sa vision particulière d’une société. C’est ce qui est en train de se passer au Pakistan, en Afghanistan, au Yémen, en Irak, en Syrie, ou de menacer le Liban, le Jordanie, et de descendre dans les pays africains.

Il faut attaquer ce totalitarisme à la source car c’est notre ennemi, et pour ce faire, former une coalition entre tous les Etats (y compris la Russie) qui peuvent participer à cette lutte. Il faut parler avec les nations qui ne sont pas des constructions fragiles c’est-à-dire avec l’Egypte, la Turquie, l’Iran, Israël, et les placer devant leurs responsabilités. Or, la Turquie a laissé passer des djihadistes et a récemment abattu un avion russe. Les Etats-Unis, eux-mêmes, s’opposent à une alliance sincère Européano-Russe. Tant sur le plan diplomatique qu’économique, nos relations sont actuellement tendues avec eux.

Sur le territoire national, il faut ramener de cinq à deux le nombre de chaînes hiérarchiques actuelles de renseignement, améliorer l’équipement insuffisant de la police et de la gendarmerie et augmenter significativement leurs effectifs (depuis plusieurs années la variation de ces effectifs se limite à 1-2%). Par ailleurs, la justice doit se réorganiser. Le nombre de places de prison est inférieur de 30% au nombre de celles qui existent dans les autres pays européens. Enfin, nous avons besoin d’une Europe solidaire dans ce combat. Or, l’Allemagne est pratiquement absente au Sahel et n’a envoyé que des avions de reconnaissance sur le théâtre des opérations au Moyen-Orient.

En ce qui concerne l’état d’urgence, il ne peut pas être éternel par définition. Comme il ne peut guère durer plus de deux ans, il va falloir modifier les procédures pénales tout en respectant les libertés fondamentales. La civilisation européenne a été de loin la plus avancée en matière de respect de la personne et elle ne doit pas être sacrifiée.

Question : Au cours des années 95-96, l’Etat a été l’otage de lobbyistes mandatés par les grandes entreprises et la fonction publique s’est affaiblie.

Réponse : Ce qui doit dominer, ce sont les intérêts du pays. L’Etat n’est pas adapté à la compétition mondiale ; beaucoup de privatisations sont donc à conduire. L’équipe aux compétences professionnelles que j’ai l’intention de constituer sera ouverte sur l’extérieur. Les périodes de décadence, telle que celle que nous connaissons, sont propices au repli des diverses communautés sur elles-mêmes.

Le Parlement, lui-même, a besoin de se moderniser et, avec un nombre de membres réduit, échapper à l’atmosphère sarcastique qui y règne trop souvent.

La baisse des dépenses publiques ne s’opèrera pas par le choc de simplification. Il faut supprimer 500 000 postes de fonctionnaires au cours du quinquennat tant à l’échelle de l’Etat que dans les collectivités territoriales et dans le domaine de la santé. Le temps de travail effectif de la fonction publique est plus près de 32h que de 39h. Il ne s’agit donc pas de passer de 35 à 39h mais de 32 à 39h, l’augmentation du temps de travail permettant de compenser la baisse des effectifs. Par ailleurs, il est possible d’externaliser, de privatiser certains secteurs.

Question : Quelles sont vos positions en matière d’égalité salariale, de parité dans le gouvernement que vous voulez former comme dans les COMEX ?

Réponse : En 2007, mon gouvernement se composait de 15 ministres, soit huit hommes et sept femmes. Je limiterai le nombre de Secrétaires d’Etat car les Secrétariats d’Etat sans responsabilité effective donnent une image négative et contribuent à multiplier les lois. Dans les entreprises, on commence à constater une discrimination positive. En ce qui concerne les prochaines élections législatives, il est habituel de réserver à ceux qui se représentent les circonscriptions dont ils sortent. La parité exigerait alors de réserver un quota de 70% aux femmes dans les circonscriptions où les sortants ne se représentent pas.

En matière d’égalité salariale, je suis ouvert aux idées que vous pourrez me fournir.

Le candidat reprend de lui-même la parole pour expliciter ses positions européennes. Il constate que l’Europe se délite au moment même où l’on en aurait le plus besoin.

Pour résister au totalitarisme islamique, à l’entrisme américain, un nouveau projet européen est nécessaire et ce projet doit se concentrer sur les points suivants :

- La monnaie : l’Euro doit être indépendant du dollar, car le dollar a été l’instrument utilisé par les Etats-Unis pour s’immiscer dans les affaires européennes. Un petit noyau de pays européens doit harmoniser ses fiscalités et parvenir à un pilotage politique commun.

- Une politique européenne de l’énergie, faute de laquelle la hausse des prix de l’énergie pénalisera la compétitivité.

- Une politique commune en matière de frontières et d’immigration.

- Une politique commune de défense qui inclut la répartition des rôles entre les pays ?

- Une politique commune en matière de recherche et d’innovation dans le numérique.

Tout ce qui se trouve en dehors de ces secteurs doit être laissé à la discrétion des Etats. Pour impulser les projets européens ci-dessus décrits, il faut un pays capable de le faire et ce pays ne peut être ni la Grande-Bretagne incertaine de sa vocation européenne, ni l’Allemagne qui ne tient pas à se positionner en meneur et qui est trop attachée à la politique du compromis. La France, elle, peut être le moteur de ces projets.

La Présidente de l’Association, Catherine DUMAS, remercie son invité de façon très amicale tout en soulignant le souci de vérité qui l’anime, valeur qui lui est chère et qu’il a déjà illustrée dans son ouvrage : La France peut supporter la vérité.

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2 février 2016 : FDS reçoit M. Hakki AKIL, Ambassadeur de Turquie en France

Hakki Akil 2

 

Dans le cadre de ses déjeuners mensuels, l’Association Femmes Débat Société a accueilli Son Excellence M. Hakki AKIL , Ambassadeur de Turquie en France, le mardi 2 février 2016.

 

 

En attendant son invité, la Présidente de l’Association, Catherine DUMAS a souhaité la bienvenue aux nouvelles recrues et sympathisantes de l’Association, en rappelant que celle-ci rassemble un réseau d’amies de sensibilité politique de droite et du centre. Elle précise que les prochains déjeuners de l’Association accueilleront Hervé MARITON le 8 mars et François FILLON le 5 avril.

C’est en ami que Christine DEMESSE a présenté l’Ambassadeur Hakki AKIL dont le cursus s’est à plusieurs reprises déroulé en France. Titulaire d’une licence d’Economie Appliquée de l’Université de Bordeaux, il est également diplômé de l’Ecole Nationale d’Administration à Paris. En 1979, il a rejoint le Ministère des Affaires Etrangères de son pays où il a travaillé au Département Juridique et puis à l’Ambassade de Turquie à Damas avant d’être nommé à Paris consul de 1983 à 1987. A l’issue de sa scolarité à l’ENA, il retourne au ministère des Affaires Etrangères puis revient à Paris en tant que premier conseiller. Après avoir été Représentant Permanent Adjoint à l’Organisation Mondiale du Commerce, puis eu des responsabilités en matière de politique énergétique, il est nommé ambassadeur au Turkménistan, puis aux Emirats Arabes Unis. Sous-Secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères, il est sherpa du G 20 pour la Turquie de 2006 à 2008. En 2011 il est nommé ambassadeur à Rome avant de représenter aujourd’hui la Turquie auprès de la France.

D’entrée de jeu, M. AKIL rappelle que la Turquie a accueilli 2 millions et demi de migrants majoritairement d’origine syrienne. La Turquie est un état de tradition laïque ,dans lequel l’Etat a la tutelle des religions. Il indique également qu’en Turquie les femmes ont obtenu le droit de vote et d’éligibilité au niveau local en 1930 et au niveau national en 1934. La Turquie attribue d’importance au rôle des femmes dans la société et à cette fin assume des responsabilités. Dans ce cadre, « Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique », dit Convention d’Istanbul, a été acceptée durant la présidence de la Turquie du Comité des Ministères du Conseil de l’Europe en 2011.

Les relations entre la Turquie et la France sont anciennes. C’est, en effet, en 1526 qu’a été passé pour la première fois un accord entre une puissance catholique et une puissance musulmane. La mère du roi François 1er, Louise de Savoie, avait, en effet, sollicité l’appui de Soliman le Magnifique pour contribuer à la libération de son fils retenu prisonnier par Charles Quint. Soucieux d’équilibrer la puissance la Maison d’Autriche en Europe, le sultan n’avait pas hésité à apporter son aide. Dans le cadre de cet accord, divers privilèges ont été accordés à la France par les Capitulations.

L’économie turque connaît une progression spectaculaire depuis 12 ans. Son PNB est passé de 134 milliards de dollars en 2002 à 840 milliards en 2014, ses exportations de 40 à 150 milliards et le pays ne connaît pas actuellement de déficit budgétaire. Sa croissance de 4% aujourd’hui devrait atteindre 5 à 6% dans les années à venir. L’état de ses accords avec l’Union Européenne est de nature à inspirer confiance aux entreprises étrangères. Leurs investissements en Turquie, à 87% en provenance des pays occidentaux, se montent à 130 milliards de dollars. Le pays, qui s’apprête à fêter le centenaire de sa Révolution, ambitionne de figurer parmi les dix premières économies mondiales.

Le volume global de l’aide humanitaire accordée par la Turquie la situe au 3ème rang mondial, mais au 1er par tête d’habitant, ce qui explique que le premier sommet humanitaire mondial se tienne en Turquie au mois de mai prochain. Le nombre de réfugiés accueillis dans le pays depuis 5 ans se monte à 2 500 000 personnes en provenance de Syrie et d’Irak. L’importance de cette affluence, difficile à imaginer, ne manque pas de nécessiter des efforts importants en matière de construction d’hôpitaux, de crèches, d’écoles, etc..., efforts qui représentent 1,4% du PIB turc. Un effort similaire en France coûterait 26 milliards d’Euros au budget de l’Etat. En dépit de cette affluence (une ville comme Kilis, qui compte 95 000 habitants, abrite 110 000 réfugiés), on ne note pas d’incidents jusqu’à maintenant. A l’avenir, des visas pour les Syriens en provenance de pays tiers (principalement Jordanie ou Liban) seront exigés.

En réponse à diverses questions d’ordre politique, l’Ambassadeur AKIL rappelle que la Turquie est membre de l’OTAN et qu’elle est d’autre part en négociation d’adhésion à l’Union Européenne. Face à la décision américaine de procéder à des frappes aériennes contre Daesh, la Turquie estime qu’il convient « d’assécher le marécage (autrement dit Damas et Bagdad) avant de tuer les moustiques ». Il faut, en effet, admettre qu’en Syrie, la présence du gouvernement d’Assad renforce Daesh et que c’est pour des raisons politiques que Daesh s’est développé aussi rapidement. Le manque d’une véritable stratégie dans le camp occidental a été à l’origine de la prolongation de la crise syrienne. Les derniers développements au nord de la Syrie et le nouvel afflux de refugies causés par le bombardement massif russe ont encore une fois prouvé à quel point la Turquie avait raison en proposant la création d’une zone de sécurité et d’exclusion aérienne. Nous n’avons malheureusement pas pu réussir à convaincre nos alliés dans ce projet, plus particulièrement les américains.

L’orateur souligne que la Turquie est, par ailleurs, accusée de combattre les Kurdes alors qu’elle vient d’en accueillir et d’en loger 196 000 en 36 heures quand Kobane a été attaqué par DAESCH. Quant à la position de la Russie, l’essentiel de ses frappes est dirigée à 90% contre l’opposition syrienne modérée et à 10% contre Daesh, ceci afin de soutenir Assad ou de favoriser la création d’un mini-état syrien.

L’ambassadeur rappelle que ce sont essentiellement les Iraniens qui mènent la guerre en Irak. Preuve en est, par exemple, la fuite de l’armée irakienne forte de 45.000 combattants lors de l’attaque de Mossoul par 2000 membres de l’E I. Les soldats irakiens se sont débandés pour ne pas défendre les Sunnites.

Contrairement à Daesh, Al Nosra ne compte pas de volontaires étrangers et noue ses alliances selon les circonstances.

Pour en revenir à la Turquie proprement dite, l’Ambassadeur AKIL considère que le Président ERDOGAN a été un visionnaire pour son pays et que son gouvernement est composé d’humanistes. Il faut lui imputer les réussites économiques ainsi que les réformes démocratiques qui ont été accomplies en vue d’une collaboration plus étroite avec l’Union Européenne, tout comme l’initiative d’un processus de paix avec le PKK. Alors qu’on lui reproche d’être un islamiste, c’est en réalité un apôtre de la laïcité, soucieux de maintenir l’Etat à équidistance de toutes les croyances. Il faut, cependant, rappeler que la laïcité, sous sa forme militante, peut servir de fer de lance à un coup d’état militaire. Aujourd’hui, si la Turquie vit sous des lois d’urgence, c’est en raison des nombreux attentats qui y ont été commis.

Plus généralement, on peut considérer que, depuis la chute de l’URSS, les questions religieuses sont devenues des valeurs politiques.

La Présidente de l’Association remercie vivement l’Ambassadeur AKIL pour la spontanéité de ses propos et l’ouverture dont il a fait preuve face aux nombreuses questions de l’assemblée.

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Monique RONZEAU

Présidente de FDS et du conseil d'administration

 

Monique Ronzeau

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