8 mars 2016 : FDS reçoit M. Hervé Mariton, Député de la Drôme

 

Hervé Mariton

 

 

En accueillant le député Hervé MARITON dans le cadre de ses déjeuners mensuels, l’Association Femmes Débat Société inaugure le cycle de ses invitations réservées aux candidats à la prochaine élection primaire de la Droite et du Centre. A la suite de M. MARITON, sont prévues la venue de François FILLON le 5 avril prochain et celle d’Alain JUPPE le 17 mai.

 

Françoise VILAIN rappelle que cette date du 8 mars est aussi celle de la Journée de la Femme. Par ailleurs, elle demande un moment de silence à la mémoire de Françoise MIQUEL, membre de l’Association récemment décédée, dont elle souligne les qualités d’intelligence, d’énergie et de courage qui ont été les siennes jusqu’au bout. L’accompagnement fidèle de Françoise MIQUEL par plusieurs des membres de l’Association a illustré les valeurs d’amitié qui unissent et auxquelles Femmes Débat Société attache une importance majeure.

Laure DARCOS présente ensuite Hervé MARITON sous une forme brève mais d’autant plus méritoire que sa biographie est particulièrement riche. Né en 1958 à Alger, ce qui est à la racine de son engagement politique, il est père de quatre enfants, Ingénieur en Chef du Corps des Mines, ancien élève de l’Ecole Polytechnique, lauréat de l’IEP de Paris, diplômé d’études approfondies de gestion de Paris IX Dauphine et lauréat du concours général de russe. Maire de Crest depuis 1995, Député de la Drôme de 1993 à 1997, il est réélu depuis 2002, porte-parole de l’opposition de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale et rapporteur spécial du budget « Prévention des risques, conduite et pilotage des politiques de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer ». Il est vice-président des groupes d’amitié France-Russie et France-Royaume Uni, membre de la délégation d’Outre-Mer de l’Assemblée. Conseiller Régional de 1986 à 2002, il a été vice-président du Conseil Régional de Rhône-Alpes entre 1994 et 1998 avant de devenir Ministre de l’Outre-Mer du gouvernement Villepin en 2007. Auteur de plusieurs rapports parlementaires, il a également écrit trois ouvrages : Transmettre pour construire, Editions Pygmalion, Le Bonheur regarde à droite, Editions du Cerf et récemment : Le Printemps des Libertés, Editions de l’Archipel, paru il y a quelques jours.

Avant d’afficher ses positions, Hervé MARITON évoque les racines de son engagement politique. De son origine algéroise, il tire la conviction que c’est à l’être humain qu’il incombe de construire le monde, l’histoire et la société. Comme l’indique le titre de son premier ouvrage : Transmettre pour construire, est essentiel pour lui. Il se montre en cela fidèle à St Thomas d’Aquin pour lequel il est plus important de transmettre que de contempler. Ce n’est pas pour autant que la politique peut tout résoudre : si elle le prétendait, elle susciterait des régimes totalitaires. Autorité et liberté doivent faire jeu égal.

Hervé MARITON dénonce l’hypocrisie et les tabous sur lesquels s’est construite la société française. Une fois énoncés les grands principes, la réalité est différente et fourmille d’aménagements et de dérogations. Ainsi en va-t-il des 35 heures, de la législation du travail, du régime des logements sociaux (on ne note aucune corrélation entre le nombre de logement et la mixité sociale mais une corrélation entre les bénéficiaires des logements sociaux et le vote en faveur de Hollande). Plutôt que de gaspiller l’argent public, mieux vaudraient des aides à la personne que des aides à la pierre. Autre exemple : on affirme que l’enseignement est gratuit alors que l’on sait le prix de l’accompagnement des élèves ou des inscriptions dans des écoles. Pourquoi ne pas consentir des prêts aux étudiants, prêts assortis d’une caution publique ainsi que d’une obligation de remboursement sur les premiers salaires comme cela se pratique en Australie ? Autre tabou : la progressivité de l’impôt. Au lieu de s’y attacher, mieux vaudrait adopter une flat tax tant sur les revenus mobiliers qu’immobiliers, flat tax de 2% jusqu’à 8 000 Euros par part imposable et de 15% au-dessus. Cela serait juste, simple et permettrait d’éviter les innombrables niches fiscales de la législation actuelle. Tout aussi hypocrite est l’attachement au droit du sol pour obtenir la nationalité française. Que signifie ce droit lorsqu’au bout de deux ou trois générations les bénéficiaires deviennent tous multinationaux du fait de leurs nombreux déplacements de leurs parents ? Mieux vaudrait choisir le droit du sang et donner aussi la nationalité à ceux qui veulent s’assimiler à la nation française. Hypocrisie aussi que de ne pas voir la mondialisation et la globalisation de notre environnement. Même chose en matière d’une décentralisation qui est proclamée alors que l’on retire les responsabilités dévolues au niveau du département, en matière aussi de stupéfiants : la législation existe sans être appliquée : 17 millions de Français et 50% des jeunes ont consommé au moins une fois les substances interdites.

Devant de tels constats, l’orateur souhaite que l’alternance réussisse à associer liberté et responsabilité des citoyens.

En réponse aux nombreuses questions posées, l’orateur a pu fournir les précisions suivantes :

· Question : les premiers mois qui suivent l’élection du Président de la République en mai sont les plus utiles. Quelles sont les mesures prioritaires qui pourraient être votées par l’Assemblée dès le mois de juillet ?

Réponse : ce calendrier s’est imposé à la suite du décès du Président Pompidou en avril. Le temps d’organiser la nouvelle assemblée, la période des vacances parlementaires, le vote du budget au mois d’octobre ont repoussé le vote des premières mesures du nouveau mandat présidentiel jusqu’en décembre. Pour éviter ce long délai, il importe de supprimer les vacances parlementaires des mois de juillet et août. Réticent à l’usage de l’article 49-3 comme à celui des ordonnances, Hervé MARITON se déclare convaincu de l’utilité des débats parlementaires, encore faut-il qu’ils aient lieu rapidement, car on ne peut faire le bonheur des peuples malgré eux. Les sujets prioritaires à ses yeux sont les suivants :

- La législation du travail qui, en son état actuel, doit être abrogée au profit d’un code simplifié voué à disparaître dès qu’auraient pris place des accords de branche ou mieux d’entreprises.

- Les économies budgétaires d’un montant de 100 milliards. Elles se répartiraient pour moitié en baisse d’impôts et pour l’autre moitié en baisse des déficits. Ces mesures sont indispensables à la restauration de la confiance et à celle de la souveraineté de la France.

· Question : Les jeunes se considèrent comme une génération sacrifiée et doutent du fait que leur vie devienne un jour meilleure que celle de leurs parents. Lucides et désillusionnés, ils ont envie d’aller voir ailleurs. Comment leur redonner confiance en leur pays et en un système éducatif qui se déclasse au niveau mondial ?

Réponse : En accordant autonomie et contractualisation aux établissements d’enseignement. Ce sont des sujets qui doivent se régler au niveau des élections locales dont les enjeux restent actuellement souvent loin des préoccupations immédiates des électeurs. Il faut annualiser le temps de travail des enseignants au lieu de le calculer, comme aujourd’hui, sur la semaine. Par ailleurs, les chefs d’établissements doivent avoir la liberté de recruter leurs enseignants. Il est essentiel aussi d’adresser aux jeunes un message d’optimisme et leur donner le sentiment qu’ils sont respectés. L’orateur se dit frappé du côté vulgaire et, de ce fait insultant, du langage qui est tenu aux jeunes ainsi qu’au grand public, ceci sous prétexte de se rapprocher d’eux.

· Question : En matière de lutte contre l’hypocrisie, est-il possible aujourd’hui de parler vrai aux Français ? Un tel langage est-il audible auprès d’eux ? Comment surmonter la défiance qu’inspirent les hommes et les femmes politiques, construire un pont avec eux et, ainsi, mettre un terme à l’hypocrisie que vous dénoncez ?

Réponse : Un langage de vérité s’est imposé sous Chirac en matière de sécurité routière et celle-ci s’est considérablement améliorée. Le gouvernement Raffarin a eu le courage en 2003 de proposer une réforme du régime des intermittents du spectacle dont le coût dépasse le milliard. Mais cette réforme a pâti de deux handicaps. D’abord, elle a été lancée au Printemps, date mal choisie qui compromettait la tenue des festivals de l’été. Ensuite, elle a été lancée sans avoir été suffisamment explicitée au préalable. Pour secouer une hypocrisie, il faut le faire complètement, sans restriction mentale et sans mépriser ses adversaires. Il faut aussi en choisir judicieusement le moment : le mois de novembre, par exemple, au lieu du Printemps pour tout ce qui concerne les jeunes.

A quoi tient la crédibilité aujourd’hui ? Aux résultats. Inutile de s’en prendre aux institutions de la République : elles fonctionnent.

· Question : le gouvernement manque de vision et de courage.

Réponse : Prenons l’exemple de la loi El Khomry : une logique de dérogations en maintenant les 35h. La majorité de demain a besoin de vision et d’audace. Les socialistes en ont manqué par exemple en ignorant le fait que trop d’impôt tue l’impôt. Il faut vouloir franchement ce que l’on veut : par exemple ne pas se limiter à supprimer les 35 h mais aller jusqu’à mettre en cause la durée légale du travail.

· Question : Comment envisagez-vous la construction européenne ?

Réponse : En respectant le principe de subsidiarité. L’Europe délègue du haut vers le bas au lieu de procéder du bas vers le haut. L’’Union Monétaire et Bancaire se fera nécessairement sur une base fédérale ou ne se fera pas, L’Europe ne peut pas servir de bouc émissaire car à quoi sert la critique des élites ? Le lien entre gouvernants et gouvernés ne peut se faire que sur la base d’un courage partagé : courage de dire la vérité du côté des élites et courage d’éviter des attentes utopiques du côté du peuple.

· Question : Que proposez-vous pour lutter contre le chômage ? Même question en matière de prélèvements à la source. Par ailleurs, comment pensez-vous éviter les manifestations de mécontentement dans la rue ?

Réponse : Sur ce dernier point, il semble essentiel de respecter les jeunes et, plus généralement, les attentes légitimes diverses. Ainsi, en 2007, les fonctionnaires attendaient beaucoup de l’arrivée de Sarkozy. Ils se sont sentis méprisés.

En matière de chômage, on sait que les emplois du futur se trouvent dans l’excellence technologique et dans les nouvelles technologies. Or, le niveau de l’enseignement mathématique en France ne cesse de décliner. On envisage aussi d’abandonner la filière nucléaire ...A la COP 21 les intérêts français ont été mal défendus et ont laissé place à beaucoup d’ambigüités : faut-il fermer les centrales carbone ou les centrales nucléaires ? En matière d’agriculture, on a fait assaut de démagogie. On doit, certes, améliorer la concurrence en faisant éclater certaines centrales d’achat trop concentrées, mais on ne peut pas faire la police des prix. Comment se fait-il qu’à niveau de prix équivalent avec la France l’agriculture des Pays Bas s’en sorte ? L’agriculture hollandaise a su investir et se moderniser alors que la France a entonné un refrain compassionnel. Il y a, aussi, place en France à une agriculture de spécialités.

· Question : Que pensez-vous de la place faite aux femmes en matière de politique et d’économie ?

Réponse : Le pouvoir se prend et il importe de ne pas confondre égalité et indifférenciation. Hommes et femmes se complètent et la réalité ne se perçoit qu’avec des éclairages différents. Il importe que les formations soient indistinctement ouvertes aux filles et aux garçons et en particulier l’enseignement scientifique. Ce qu’il faut reconnaître, c’est qu’en France l’encadrement supérieur ne tient pas compte des contraintes de la société. Il y a une culture (horaires de réunions par exemple) à modifier. La société doit respecter les rythmes familiaux.

Il est à craindre que le télétravail, souvent apprécié par les femmes, ne les tiennent à l’écart des lieux de réunion et de pouvoir.

En politique, il y a frustration des enfants qui souffrent de l’absence de leurs parents.

Ce que l’on peut dire, c’est que le principe de l’égalité hommes-femmes est acquis dans les esprits, mais que dans la réalité quotidienne la vie concrète d’une femme qui travaille doit être améliorée. Plutôt que l’ « égalité réelle » je parlerai de réalité de l’égalité.

La présidente de l’Association Femmes Débat Société remercie chaleureusement son invité en retenant deux des mots qu’il a très fréquemment utilisés dans son intervention : Bonheur et Prospérité. Elle souligne l’insistance avec laquelle Hervé MARITON veut lever les tabous et combattre l’hypocrisie. Elle souhaite enfin que la campagne présidentielle à venir s’intéresse aux femmes et invite vivement les membres de l’Association à voter dès la primaire.

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Monique RONZEAU

Présidente de FDS et du conseil d'administration

 

Monique Ronzeau

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